SCOTT, (Walter)

 

SCOTT () (Walter), célèbre poëte et romancier anglais,
né à Édimbourg le 15 août 1771, mort à Abbotsford le 21 sept. 1832.

 

En 1789, Walter Scott publia quelques ballades et une traduction du Goëtz de Berlichinghen ; puis le Lai du dernier ménestrel, la Dame du lac, le Lord des îles, Marmion, et d’autres poëmes qui lui assurèrent un rang distingué parmi les poëtes de son pays.

En 1814, il créa le roman historique, qui n’existait pas avant lui ; car les productions des Calprenède, des Scudéry, de la prolifique Mme de Genlis, et tutti quanti, ne sont pas des romans historiques. Walter Scott, riche de matériaux et d’études, reconstruisit idéalement le passé, non-seulement dans les faits historiques, mais dans ses individualités : costumes, langages, mœurs, croyances, attitudes, il ressuscita ce qui était mort et enseveli dans la poudre ; il inventa un dialogue, une nouvelle manière enfin d’écrire l’histoire, plus voisine de la vérité que la sécheresse chronologique et l’exactitude de Mézerai. Et nous avons vu défiler devant nous Claverhouse, Burley, Rob-Roy, Louis XI, Richard, Cromwell, Charles II, Buckingham, Rochester, Charles de Téméraire, Jacques II, Élisabeth, Marie Stuart : cavaliers, têtes rondes, archers, grands seigneurs, puritains, chevaliers, serfs, pirates, abbés, dames, mendiants, astrologues, bourgeois, tout cela a pris vie et voix ; ce n’était pas de vaines paroles, des phrases mortes, c’était un langage vivant, des personnages vivants pour la pensée ; notre admiration les a salués à mesure qu’ils passaient. Un autre mérite de ce grand écrivain, c’est la manière pittoresque et animée avec laquelle il représente les scènes dramatiques, les personnages qui y jouent un rôle, leur physionomie, leur costume, et les lieux où son imagination brillante transporte ses lecteurs.

La seule collection complète des œuvres de Walter Scott est celle publiée par Ch. Gosselin en 165 vol. in-12, 1820-32. — L’édition la plus exacte et la plus populaire des romans de cet auteur, est celle publiée par MM. Firmin Didot en 27 vol. in-8, à deux col., prix 50 fr.

LA DAME DU LAC, roman tiré du poëme de Walter Scott, traduit par Mme Élisabeth de Bon, 2 vol. in-12, 1813. — La Dame du Lac tient du poëme et du roman : du poëme, par l’élévation du style, la poésie des descriptions, les ornements fleuris du langage ; du roman, par les aventures, l’héroïne et la plupart des personnages. Le fond de l’ouvrage est une pure fiction ; mais les événements sont censés se passer en Écosse, sous le roi Jacques IV, qui est lui-même un des principaux personnages du roman. La proscription des Douglas, illustre famille d’Écosse, en est le principal sujet. Un des caractères le plus fortement tracés est celui du comte Roderic, auteur des infortunes de cette folle si touchante, qui ne paraît qu’un instant pour mourir, et sauver par sa mort un des plus aimables personnages du roman. Ce Roderic cependant n’est point un monstre, un scélérat ; s’il est fier, hautain, ambitieux, emporté, vindicatif, il ne manque point de générosité dans l’occasion. Il avait ordonné à toutes les gardes avancées de sa troupe, à toutes les sentinelles, de mettre à mort un étranger qui s’était introduit dans son île, et qu’il regardait comme un espion ; heureusement il montait la garde lui-même, et c’est entre ses mains que tombe l’étranger. Interrogé qui il était, il ne prétendit point en imposer, et se donna fièrement pour un ennemi de Roderic. Celui-ci, frappé de tant d’audace, loin d’abuser du sort qui met à sa discrétion la vie de son ennemi, promet à l’étranger de le conduire, par des chemins sûrs, hors des terres de Roderic, et lui tient parole. Dans la route, une conversation pleine de fierté et de hauteur s’engage entre les deux voyageurs. L’étranger, soutenant son caractère, parle toujours de Roderic avec l’accent de la haine, et, ce qui est plus piquant, de la supériorité : il témoigne le plus grand désir de le rencontrer pour le combattre. Le fier, le violent Roderic, se contient tant qu’il est sur ses terres, environné de ses soldats ; mais il n’a pas plutôt dégagé sa parole et conduit l’étranger hors de son territoire, que, lui adressant la parole, il s’écrie : « Le voilà ce Roderic que tu as juré de combattre ; il a été fidèle à sa parole, sois fidèle à la tienne : combats et défends-toi ! » L’étranger, frappé du noble procédé de son ennemi, hésite un instant ; mais Roderic insiste, et après un combat de générosité, commence un combat terrible entre les deux chevaliers, également braves, également exercés, et également acharnés à la perte l’un de l’autre. La taille gigantesque et la force prodigieuse de Roderic mettent longtemps dans le plus grand danger son adversaire, qui n’est autre que le roi lui-même ; mais enfin l’adresse et le sang-froid de celui-ci triomphent ; Roderic est mortellement blessé et meurt de ses blessures ; ce qui avance beaucoup le dénoûment du roman et la fin des infortunes de la jeune et jolie Dame du Lac. — Les événements fabuleux qui composent l’histoire de cette héroïne, donnent lieu de peindre des mœurs et des costumes véritablement historiques. Ainsi, lorsque le comte Roderic se récolte contre son souverain, ce bûcher qu’il allume, cette chèvre qu’il égorge et dans le sang de laquelle il éteint cette croix enflammée ; ce barde fanatique qui prononce des anathèmes et fait des prédictions ; cette foule exaltée d’hommes et de femmes qui répètent en chœur les malédictions du barde contre tous ceux qui ne prendraient pas part à la guerre ; l’effet subit que produit cette cérémonie, et l’aspect de la croix à demi brûlée sur tous ceux à qui elle est présentée, et qui viennent aussitôt se ranger sous les drapeaux du comte Roderic : tout cela ne s’est point passé dans les circonstances où le rapporte l’auteur ; mais c’est une peinture véritable des mœurs et des coutumes des Écossais dans les guerres civiles qui agitèrent souvent cette nation brave, naturellement exaltée, et alors fort superstitieuse.

LES PURITAINS D’ÉCOSSE, trad. par Defauconpret, 4 vol. in-12, 1817. — Le roman des Puritains n’est pas un roman historique quant aux personnages, mais la représentation d’une époque historique très-intéressante, et dont la peinture a cet attrait romanesque qui attache si vivement dans l’histoire des guerres civiles. Celle des Puritains eut lieu sous Charles II. Les Presbytériens ou Puritains, secte déjà ancienne, mais dont le protectorat de Cromwell et la tendance générale de l’esprit de la nation vers les abstractions mystiques, avaient encore exalté le fanatisme, égorgèrent dans une insurrection le primat écossais. Ce crime, qui les plaça tout à fait hors de l’ordre social, fit de leur secte une armée peu nombreuse, mais redoutable, car elle avait la religion pour prétexte. On sent quel parti un écrivain exercé peut tirer de cette position de choses, pour animer un récit de tout l’intérêt de l’histoire, en choisissant ses héros dans les rangs des factions opposées. La guerre des Puritains offre d’ailleurs un côté extrêmement comique, qui permet au romancier de varier, de contraster ses couleurs assez brusquement. L’auteur n’a pas négligé ce moyen de divertir ses lecteurs à des intervalles assez rapprochés, sans manquer aux convenances de son sujet. C’est une idée fort heureuse que d’avoir commencé son roman par une revue que le gouvernement a ordonnée dans l’intention de rapprocher les jeunes gens des différents partis, et d’en faire ressortir son exposition , tous les personnages sont peints dans ce tableau, tous les détails y sont exprimés avec une perfection rare, avec un mérite d’exécution qui annonce avantageusement l’ouvrage.

Nous avons dit que le roman débutait par une revue : toutes les dames qui ne se piquaient pas d’être rigoureusement asservies aux dogmes sévères du puritanisme, s’étaient empressés d’y assister. Parmi elles, on distinguait lady Marguerite Bellenden et sa petite-fille, la jeune et belle Edith. Au nombre des jeunes gens qui brillaient à cette revue et qui essayaient d’attirer l’attention d’Edith, on distinguait lord Evendale et Henri Morton, tous deux jeunes, braves et nobles, tous deux épris d’Edith, mais suivant un parti politique différent. C’est sur ces quatre personnages que l’auteur a particulièrement appelé l’intérêt de ses lecteurs ; mais une foule d’autres personnages secondaires agissent autour d’eux : soit que la scène, qui change avec les événements de la guerre, se passe dans la forteresse de Tillietudlem, dans le camp où les troupes royales se préparent à la victoire, dans les lieux retirés où s’assemblaient les Puritains, soit que l’auteur la transporte dans le château paternel du jeune Morton, au milieu des montagnes où se cachent les assassins de l’archevêque, on les voit, on les entend, on assiste à leurs conversations. Le caractère noble et touchant d’Edith ; la passion respectueuse et désintéressée qu’a pour elle le jeune Morton ; les obstacles qu’éprouve l’union des deux amants, union qui n’a lieu qu’après une séparation de plusieurs années ; le beau caractère de lord Evendale, et une foule d’autres détails intéressants, contribuent à l’agrément et à l’intérêt de cet ouvrage, qui plaît, qui touche, qui amuse du commencement jusqu’à la fin.

LE NAIN MYSTÉRIEUX, imprimé à la suite des Puritains. — Le Nain mystérieux est une histoire très-originale, parfaitement racontée, et dont l’intérêt, sans sortir des vraisemblances ordinaires du genre simple, se rapproche autant que possible de celui qu’inspirent les combinaisons arbitraires du genre merveilleux. Au naturel près, qui est excellent dans le Nain, il rappelle quelque chose du Caliban de Shakspeare. L’auteur a très-habilement mis en œuvre, dans cette histoire, les superstitions bizarres, les vieilles traditions qui existent encore aujourd’hui dans quelques parties de l’Écosse.

WAVERLEY, ou l’Écosse il y a soixante ans, trad. par J. Martin, 4 vol. in-12, 1818. — Le jeune Waverley, capitaine dans un régiment de dragons, fatigué de la vie oisive de garnison, demande et obtient un congé de quelques jours pour aller rendre visite à une famille écossaise alliée de la sienne. Cette famille était secrètement attachée à la cause des Stuarts ; mais pas égard pour le jeune voyageur, engagé au service de la maison de Hanovre, on s’abstint de parler politique devant lui. Depuis longtemps les montagnards avaient soumis les habitants du plat pays à une espèce de tribut connu sous le nom de contribution noire. Au moyen de cet arrangement, ces derniers étaient à l’abri des incursions ; cependant les domaines du baron de Bradwardine, c’est le nom de l’hôte de Waverley, furent pillés et ses troupeaux enlevés. Les négociations entamées pour la restitution amenèrent un envoyé des chefs montagnards. Ce qu’il raconta des mœurs de ses compatriotes, inspira à Waverley le désir de visiter ce singulier pays, et la curiosité lui donna le courage de s’engager dans des défilés périlleux. Par un hasard extraordinaire, le moment choisi par Waverley était précisément l’époque où le prince Charles Edouard débarquait en Écosse. Tout était disposé par ses partisans, et les montagnards devaient se concerter avec lui sur les moyens de le servir. L’absence de Waverley fut mal interprétée par son colonel ; on le destitua, et le dépit le jeta dans un parti dont il ne partageait pas les espérances. De ce moment, Waverley n’occupe plus qu’une place secondaire dans l’ouvrage, et l’intérêt se porte principalement sur le chef écossais Fergus Mac Yvor ; sur sa sœur Flora, qui, dans la fleur de l’âge, ornée de mille attraits, est insensible à tous les hommages, tant sa sollicitude pour les Stuarts occupe ses pensées ; sur le baron de Bradwardine, vieux et noble paladin, tellement dominé par la manie des rapprochements historiques, qu’un combat n’est jamais pour lui qu’une commémoration ; sur son aimable fille, Rose, que ses goûts simples et ses prétentions modestes rendent inaccessible à la coquetterie et à l’ambition. Les événements de la guerre que soutient le prétendant sont retracés avec vérité dans ce roman, où l’on trouve de l’intérêt et des situations piquantes. Les premiers succès du prince, ces succès si courts ; l’ivresse aveugle qui s’empara de ses courtisans ; les brigues, les cabales, les prétentions de tout genre, aussi actives dans cette cour d’un moment que s’il se fût agi du monarque le plus puissant de l’Europe, sont retracés avec un véritable talent. Le caractère indécis de Waverley, le peu de confiance qu’il accorde à la cause qu’il a embrassée, n’empêchent pas que sa loyauté et sa franchise ne plaisent ; mais on s’attache encore plus vivement à la destinée de Fergus, décapité à Édimbourg après la bataille de Culloden. Sa sœur, la charmante enthousiaste Flora, ne le quitta qu’après que son triste sort fut accompli ; elle revint en France, où elle prit le voile dans un couvent de bénédictines. Waverley, aussi incertain dans ses sentiments que dans ses opinions, après avoir été fort épris de Flora, épouse Rose Bradwardine.

LA PRISON D’ÉDIMBOURG, trad. par Defauconpret, 2 vol. in-12, 1818. — Une longue et intéressante procédure, qui se rattache par un fil délié à quelques soulèvements de l’Écosse au moment de sa réunion à l’Angleterre ; l’intérêt puissant qu’inspire une jeune fille condamnée à mort, et le dévouement héroïque, le courage tranquille d’une sœur innocente et vertueuse, qui brave tout pour aller à pied, du fond de l’Écosse, implorer à Londres la clémence du souverain, forment le nœud de l’ouvrage. — La prison d’Édimbourg est un des romans les plus variés de Walter Scott, tant par les scènes tour à tour sublimes et comiques, que par le contraste non moins saillant des caractères les plus opposés : celui de Jeanie Deans est sublime à force de simplicité. Qui n’a admiré les personnages si dramatiques du vieux David Deans et de Roberston ; les scènes historiques où ke duc d’Argyle, la reine Caroline et lady Suffolk nous transportent dans la sphère brillante de la cour ; et celles où les détails de l’affaire de Porteus nous peignent avec des couleurs si vraies tous les incidents d’une émeute populaire ? C’est principalement dans cet ouvrage qu’on peut étudier ce genre de talent particulier à Walter Scott, qui consiste dans l’introduction d’un personnage dont la physionomie en apparence fantastique se rattache aux traditions locales ; telle est la vieille Meg Murdockson, telle est sa fille Madge Wildfire, si intéressante dans sa folie. L’enthousiasme religieux des Cameroniens qui succédèrent aux Puritains, est peint à grands traits dans cet ouvrage.

ROB ROY, trad. par Defauconpret, 4 vol. in-12, 1818. — Lorsqu’à la mort de la reine Anne, les partisans des Stuarts voulurent les rappeler au trône, l’Écosse se prononça beaucoup plus fortement pour eux que les autres parties du royaume. La féodalité s’était conservée dans ce petit coin de l’Europe ; la réunion de l’Écosse et de l’Angleterre avait mécontenté un grand nombre de seigneurs écossais, qui avaient conservé sur leurs clans un pouvoir presque souverain. Parmi ces clans, on distinguait particulièrement celui des Mac-Grégor, qui se montra invariablement attaché à la cause des Stuarts, non-seulement à l’époque où le comte de Mar leva le premier l’étendard en leur faveur, mais aussi lors de la malheureuse expédition du prince Édouard. À l’époque choisie par l’auteur du roman qui nous occupe, Robert Mac-Gregor, surnommé Roy ou le Roux, était le chef de ce clan redoutable. La scène s’ouvre par l’introduction en Écosse du jeune Frank Obaldiston, fils d’un négociant anglais, qui l’a fait élever à Bordeaux et qu’il venait de rappeler à Londres peu de temps avant le moment où commence le roman. Ce négociant, fils d’un pauvre gentilhomme, avait abandonné à un de ses frères les faibles débris d’une fortune insuffisante pour soutenir l’antique splendeur du manoir héréditaire, et avait cherché dans l’industrie et dans le commerce, des biens que le sort semblait lui avoir refusés. ayant réussi au delà de ses désirs dans toutes ses entreprises ; riche, honoré et satisfait du parti qu’il avait choisi, il voulait que son fils suivît la même direction ; mais il trouva dans l’esprit du jeune homme une résistance fondée sur le genre d’études auxquelles on lui avait permis de se livrer, ce qui amena une altercation assez vive, et par suite son exil au fond de l’Écosse.

L’OFFICIER DE FORTUNE, épisode des guerres de Montrose, 2 vol. in-12, 1819. — Cet ouvrage présente le tableau de l’Écosse à l’époque de la guerre civile qui déchira la Grande-Bretagne. Vers le commencement du XVIIe siècle, le parlement d’Écosse a envoyé une armée considérable au secours du parlement d’Angleterre. La noblesse du nord se déclare pour le roi Charles. Les chefs des clans se rassemblent dans le château du lair Angus Mac-Aulay ; parmi eux se trouvent les personnages les plus marquants du pays des montagnes. Lord Menteith, le plus éloquent d’entre eux, prend la parole, et expose avec noblesse et simplicité les motifs qui doivent les porter à prendre les armes, et propose pour général un des assistants que personne n’avait remarqué jusqu’alors sous le déguisement qui le couvrait, et qui se fait reconnaître pour James Graham, comte de Montrose. L’insurrection est déclarée. Parmi les chefs réunis sous l’étendard de Montrose, se trouve un des principaux personnages du roman, Allan-Mac-Aulay, guerrier redouté de ses ennemis à cause de sa valeur et de sa force prodigieuse, et respecté des siens à cause de la supériorité de son esprit. Mais des malheurs affreux qui ont précédé sa naissance, ont troublé la raison de sa mère, et n’ont point été sans influence sur la sienne. Il est habituellement sombre, rêveur, et croit par intervalle avoir une vue de l’avenir. À côté de ce personnage, l’auteur a placé la jeune et charmante Alice, dont il a autrefois sauvé les jours, et qui, comme un autre David, peut seule, par le son de sa voix et les accords de sa harpe, calmer les transports de ce nouveau Saül. L’âme farouche d’Allan éprouve pour elle un sentiment d’affection qu’il ne s’avoue pas, et pour Menteith, amant aimé de la jeune fille, un sentiment de jalousie qui éclate à la fin et lui révèle toute la violence de son amour ; dans une de ses visions il prédit à Menteith l’époque et le genre de sa mort. La jeune fille, cause innocente de cette rivalité, a été, comme nous l’avons dit, sauvée par Allan. Pendant la plus grande partie du roman on ignore de qui elle est née, et le mystère qui enveloppe son origine est ce qui forme le nœud de l’intrigue du roman, dont nous ne donnerons point l’explication, pour ne point priver le lecteur du plaisir de la chercher dans l’ouvrage. Nous préférons parler de l’officier de fortune, dont nous n’avons encore rien dit. Il a nom Dalgetty et est né en Écosse ; après avoir servi dans les armées de toutes les puissances de l’Europe, il est revenu dans son pays offrir son épée au parti qui mettra le prix le plus haut à ses services. Menteith l’engage pour le parti du roi Charles, et il s’acquitte avec courage et loyauté de plusieurs commissions difficiles ; fait prisonnier par les Presbytériens, il refuse de sauver sa vie en prenant du service dans les ranges des adversaires du parti qu’il a juré de servir, parce que le terme de son engagement n’est pas encore expiré. Après l’expiration de ce terme, il s’engage alors de fort bonne grâce dans les armées du parlement, qu’il sert avec autant de loyauté qu’il avait servi le parti contraire.

LA FIANCÉE DE LAMERMOORE, 3 vol. in-12, 1821. — Après avoir perdu dans les guerres civiles sa fortune et son rang, lord Ravenswood s’est vu forcé d’aliéner l’antique manoir de son père, et de se retirer dans une tour isolée au bord de la mer, seul reste de ses immenses possessions. Dépouillé de ses biens, il nourrit une haine profonde contre le nouveau maître de ses anciennes propriétés, le chancelier Willams Ashton, et expire en léguant à son fils le soin de sa vengeance. Ses obsèques sont troublées par les ordres donnés par le chancelier. Le lendemain, le jeune Edgard Ravenswood se rend au château de lord Ashton pour avoir avec lui une explication ; il le rencontre dans son parc avec sa fille, au moment où, assaillis par un taureau sauvage, ils étaient en danger de perdre la vie, et est assez heureux pour les sauver de ce danger. Le hasard qui, contre son attente, avait rendu Ravenswood le libérateur de celui dont il méditait la perte, change ses dispositions ; sa haine ne résiste par aux charmes de Lucie Ashoton, et celle du chancelier cède au sentiment de la reconnaissance ; il offre à Ravenswood une franche réconciliation, et parvient à vaincre ses sentiments haineux en lui laissant espérer une alliance avec sa fille, à qui Edgard a déjà juré un éternel amour. Il attend cependant avec impatience le retour de lady Ashton, femme altière, qui dispose depuis longtemps de toutes ses volontés, et par laquelle il craint d’être désapprouvé. En effet, cette femme, ennemie des Ravenswood, se déclare avec violence contre l’union projetée par son mari ; elle insulte Edgard de la manière la plus outrageante, et met tout en œuvre pour vaincre l’amour de sa fille, et pour la résoudre à une autre alliance. Par suite d’un changement politique, Edgard a recouvré son rang et une partie de ses biens, et a été chargé d’une mission importante pour le continent. En son absence, lady Ashton parvient à persuader à sa fille qu’il est infidèle, et la force à accepter l’époux qu’elle lui a choisi ; déjà la malheureuse Lucie a signé le fatal contrat, lorsque Ravenswood arrive, et lui rappelle la foi qu’elle a jurée. L’infortunée n’a point la force de se justifier, sa raison s’égare, et sa mère en profite pour faire achever la cérémonie du mariage ; mais elle est bientôt punie de son insensibilité par la mort de sa fille, qui expire dans d’affreux transports, après avoir tenté, dans sa démence, d’arracher la vie à son époux. Ravenswood, provoqué en duel par les frères de Lucie, périt englouti dans les sables mouvants, en se rendant au lieu du rendez-vous.— Des descriptions vives et animées, des mœurs locales représentées avec une vérité frappante, la création d’une figure de vieux serviteur on ne peut plus originale, un mélange adroit de fictions et de circonstances historiques, des observations qui attestent une profonde connaissance du cœur humain, assignent à ce roman une place distinguée parmi les autres productions de Walter Scott.

LE CHÂTEAU DE KENILWORTH, traduit par Parisot, 4 vol. in-12, 1821. — Le sujet de ce roman est l’amour de la reine Élisabeth pour le comte de Leicester, et le mariage de ce dernier avec Amy Robsart, qui périt d’une manière si fatale et dont la mort fut attribuée à son mari, alors emporté par le désir d’être un jour roi d’Angleterre, en épousant la fille de Henri VIII. Ces trois figures historiques sont tracées de main de maître ; il faut lire le roman pour se faire une idée de tous les tourments de l’ambitieux courtisan, de toutes les petites inquiétudes de femme de la grande reine Élisabeth, et de toutes les douleurs d’amy Robsart, que l’idée d’être l’épouse du premier lord de l’Angleterre rend presque fière des mépris et de la honte qu’elle supporte avec une sorte d’humilité fastueuse. Autour de ces personnages figure Varney, le plus infâme courtisan dont le caractère ait été jamais développé ; c’est lui qui, pour sauver Leicester, passe pour le mari d’Amy Robsart. Amant secret de la femme de son maître, n’ayant pu la séduire, il la fait mourir. Walter Scott le peint d’un seul trait : après que ce Varnay a été fait chevalier, et qu’il a reçu l’accolade de la reine Élisabeth, c’est, dit-il, un serpent qui vient de quitter sa vieille peau pour se revêtir d’un habit doré. Le comte de Sussex, autre favori d’Élisabeth, se montre aussi dans ce roman ; c’est un homme d’État, un intrépide guerrier, sacrifié, comme de raison, à la belle figure de Leicester.

LE PIRATE, trad. par Defauconpret, 4 vol. in-12, 1822. — Après avoir exploré les anciennes traditions de l’Écosse, Walter Scott a placé l’action du Pirate dans le site le plus sauvage de l’Europe, dans les îles Shetland. Le but de son histoire est de faire connaître un événement qui arriva dans les Orcades au commencement du XVIIIe siècle. Un vaisseau appelé la Vengeance, armé de trente canons, et commandé par John Gow, vint aux îles Orcades, où les actes de violence et de pillage commis par l’équipage le firent bientôt reconnaître pour un pirate. On supporta ces maux quelque temps, car les habitants de ces îles éloignées ne possédaient ni armes, ni moyens de résistance. Le capitaine de ces bandits eut l’audace de venir à terre et de donner des bals dans le village de Stromness, où il se concilia l’affection d’une jeune dame qui possédait quelque fortune, et obtint la promesse de sa main, avant que sa véritable profession fût découverte. Un jeune homme courageux forme le dessein de débarrasser le pays de ces flibustiers, et réussit à faire prisonniers tous ces hommes résolus et bien armés, qui furent condamnés et exécutés. — Le Pirate, comme les autres productions du même auteur, se distingue principalement par la vérité frappante avec laquelle il sait représenter les mœurs du pays, et l’époque où il place son action. Transportant le lecteur aux îles Shetland et aux Orcades, vers la fin du XVIIIe siècle, il peint avec son talent ordinaire cette terre aride et dépouillée, sans verdure, sans lumière, couverte d’éternels brouillards, sans cesse battue par les tempêtes et ravagées par les ouragans ; où l’œil ne rencontre de toutes parts qu’un océan sans bornes, des grèves sablonneuses, des roches battues par les flots. Au sein de cette nature si imposante et si terrible, il nous représente, dans la naïve simplicité de ses mœurs, une petite société uniquement occupée de quelques intérêts matériels, tels que les travaux de la pêche et de la chasse, dont elle tire sa subsistance. Les seuls événements qui l’agitent, sont le naufrage de quelque vaisseau, dont les débris, partagés entre les habitants, répandent un peu d’aisance dans le pays ; une foire qui se tient dans quelque ville éloignée ; une fête rustique donnée par quelque riche propriétaire. Ce peuple de pêcheurs, réduit à une vie si pacifique, aimé à se rappeler le temps où ses belliqueux ancêtres se nommaient les rois de la mer ; plein d’ignorance et de superstition, il ajoute encore une espèce de croyance aux traditions fabuleuses de la religion d’Odin. Pour le faire connaître, il a suffi à l’auteur d’un petit nombre de personnages, qui sont, dans son livre, comme les représentants de la civilisation de ces îles avant le XVIIIe siècle. C’est un vieux Udaller, descendant des anciens comtes du pays, fier des exploits de ses aïeux et de l’antique gloire de sa nation brave et hospitalière ; ce sont deux filles de ce vieillard : l’une, pleine d’imagination et d’enthousiasme, transportée par l’élévation de ses pensées, et aussi par son inexpérience, hors du monde réel qu’elle ignore, et vivant au sein d’un monde idéal peuplé des souvenirs fabuleux dont on a bercé son enfance ; l’autre, d’un esprit plus humble et plus calme, mais aussi moins crédule, tendre, affectueuse, compatissante et constamment animée d’une douce gaieté, qui contraste avec la gravité habituelle de sa sœur. C’est encore une femme de la même famille, que de grands malheurs ont en partie privée de sa raison, qui se croit douée d’un pouvoir surnaturel, et qui a su faire passer dans l’esprit des autres sa propre conviction. À côté de ces acteurs principaux, paraissent quelques autres personnages subalternes : un petit vieillard poëte et musicien, l’ordonnateur des fêtes et l’ornement obligé de tous les festins ; un colporteur, grand débiteur de nouvelles, et qui fait à lui seul presque tout le commerce de l’île ; un Écossais, envoyé dans le pays pour y perfectionner les travaux de la culture encore dans l’enfance, espèce de législateur rustique, nommé Triptolème, caractère d’un excellent comique, qui a fait fortune en Angleterre. C’est au milieu de cette société, peinte de la manière la plus piquante, qu’un événement fortuit amène le personnage principal du roman, le pirate Cléveland, jeune homme douée de qualités brillantes, qui n’ont pu effacer entièrement les habitudes grossières et féroces de sa profession. Ce forban parvient à gagner le cœur d’une des filles de l’Udaller, et cette passion, qui est admirablement peinte et qui forme le nœud du roman, donne naissance à des scènes du plus vif intérêt. En général, l’ouvrage se distingue, comme tous ceux du même auteur, par une description animée des lieux, une peinture piquante des mœurs, un développement profond des caractères.

LES AVENTURES DE NIGEL, trad. par Defauconpret, 4 vol. in-12, 1822. — Ce roman offre un tableau piquant de la cour d’Angleterre et de la ville de Londres sous le règne de Jacques Ier. L’avidité des Écossais, qui accourent, pour chercher fortune, auprès du roi leur compatriote ; la jalousie des Anglais, qui ne peuvent voir sans mécontentement cette foule de nouveaux venus ; l’antique animosité des deux nations, toujours vivante malgré la réunion des deux couronnes ; le mouvement d’une ville sans police et abandonnée en quelque sorte à elle-même ; les allures, si diverses à cette époque, des différentes classes de la société, des mariniers de la Tamise, des marchands de la cité, de leurs turbulents apprentis, des étudiants du Temple, des habitants de l’Alsace, quartier privilégié où les malfaiteurs trouvaient un asile à peu près inviolable ; et au milieu de cet assemblage singulier, un roi rempli des doctrines du pouvoir absolu, et gouverné despotiquement par des favoris ; abandonnant volontiers le soin des affaires publiques pour se mêler des affaires particulières de ses sujets ; faible, tracassier, pédant, plein de petits ridicules, et par-dessus tout bon homme, s’il n’est rien moins que grand prince ; tout cela est peint dans Nigel de la manière la plus spirituelle, la plus vive, la plus originale.

L’ABBÉ, trad. par Defauconprt, 4 vol. in-12, 1822. — L’Abbé est la suite du Monastère. Le Monastère n’est véritablement que l’histoire de cette lutte sanglante qui s’éleva en Écosse et en Angleterre, lorsque la religion réformée vint s’y établir sur les ruines du catholicisme. Le roman de l’Abbé nous représente les derniers combats du protestantisme et du catholicisme. L’abbé ne joue toutefois ici qu’un rôle fort peu important ; le véritable sujet est l’évasion de Marie Suart, enfermée dans la forteresse de Lochleven, et le dénoûment la défaite des partisans de cette princesse infortunée, à laquelle son mauvais sort ne laissa d’autre asile que l’Angleterre. C’est un mérite particulier à Walter Scott de savoir, non pas abaisser l’histoire jusqu’au roman, mais élever le roman jusqu’au style de l’histoire. Veut-il faire intervenir dans son ouvrage quelques-uns de ces personnages illustres qui ont joué un grand rôle sur la scène du monde, il sait les amener sans efforts et sans qu’ils paraissant déplacés. C’est ainsi qu’en nous conduisant près de Marie Stuart, il nous rend témoins d’une scène que ne désavouerait pas la noblesse même de la tragédie, de la scène où Marie Stuart abdique la couronne. Walter Scott est peut-être de tous les historiens celui qui a représenté sous les traits les plus fidèles cette belle et malheureuse reine. On la voit, au milieu des revers les plus terribles, vaine encore de cette beauté qui fit la source de tous ses maux ; la coquetterie est chez elle un sentiment si fort que rien ne peut l’éteindre ; son miroir la console de ses fers ; elle n’est pas même indifférente aux suffrages de ses geôliers ; et quand elle a signé l’acte de la renonciation au trône de ses pères, elle pardonne volontiers à l’un des ministres qui ont arraché sa signature, parce qu’il lui demande la permission de baiser sa belle main. La situation de la reine captive inspire le plus vif intérêt ; on gémit avec elle dans sa prison ; on désire presque autant qu’elle sa délivrance. Les faits d’armes de quelques personnages dont l’histoire nous a transmis les noms ; le tableau de la féodalité civile et religieuse, établie dans le nord de l’Écosse à cette époque ; une foule de scènes de guerre et d’amour, et, par-dessus tout, cet art de peindre les mœurs et les localités, que personne ne possédait mieux que Walter Scott, rendent la lecture de ce roman on ne peut plus intéressante.

LETTRES DE PAUL À SA FAMILLE, écrites en 1815 ; suivies de la Recherche du bonheur, contes traduits par A. Pichot, 3 vol. in-12, 1822. — Dans cet ouvrage, Walter Scott retrace les souvenirs d’un voyage qu’il fit à Waterloo et à Paris. Un volume entier est consacrée à la bataille de Waterloo ; dans les autres volumes, l’auteur a consigné ses observations sur les mœurs et les usages de la société de Paris, qu’il juge avec la sagacité d’un Anglais, qui pense qu’un séjour de vingt-quatre heures suffit pour connaître les habitants d’une grande capitale.

Nous nous abstiendrons d’analyser cette production, enfantée dans un moment d’erreur, et dans laquelle, à l’occasion de l’enlèvement des tableaux du Louvre, l’auteur insulte à notre douleur, et y trouve le sujet de grossières pasquinades. « Ces chefs-d’œuvre, dit-il, semblent augmenter de prix pour les Français à mesure qu’approche l’heure de leur enlèvement. Ils leur parlent, ils pleurent, ils s’agenouillent devant eux, leur disent adieu… Plus d’un regard abattu, plus d’un front sourcilleux observe les préparatifs ; et telle est la grotesque douleur qui se montre dans la physionomie des autres, si ce n’était pas si risible, on aurait pitié d’eux. » Il est impossible de pousser plus loin l’impertinence, et l’on serait tenté de dire à cet Anglais, qu’on voit bien, par l’abus qu’il fait de la victoire, que sa nation n’est pas accoutumée à vaincre ; mais la philosophie nous commande de faire grâce à l’historien en faveur du romancier.

QUENTIN DURWARD, ou l’Écossais à la cour de Louis XI, trad. par Defauconpret, 4 vol. in-12, 1823. — Vers l’année 1468, et dans cette belle partie de la Touraine où s’élevait jadis les tours noires et multipliées du château royale de Plessis-les-Tours, un jeune Écossais rencontre aux environs de ce château deux étrangers, avec lesquels il entre en conversation, et auxquels il demande conseil sur l’intention qu’il a d’entrer dans la garde écossaise du roi Louis XI. La naïveté des aveux du jeune homme, qui n’était autre que Quentin Durward, plut à ses nouvelles connaissances, dont le plus âgé, qui se désignait lui-même sous le nom de maître Pierre, et qui appelait l’autre son compère, avait dans la physionomie quelque chose d’imposant et de sinistre, qui causait une espèce d’effroi. Maître Pierre invita l’étranger à déjeuner, et comme, pour arriver au village de Plessis, ils furent obligés de tourner la montagne au haut de laquelle se trouvait le château, maître Pierre avertit le jeune homme qu’il ne devait pas s’écarter du sentier qu’ils suivaient, et même qu’il devait en tenir le milieu très-exactement, parce que à droite et à gauche le terrain environnant était coupé de piéges, de trappes armées de faux, sorte de fortifications invisibles que le roi jugeait nécessaires pour défendre sa demeure. Tout cela déplut fort à Quentin. Cependant, lorsque, arrivé à l’extrémité du village, dans une grande et belle maison, il se vit en présence d’un succulent déjeuner, il reprit sa gaieté ordinaire et se disposa à faire honneur à son hôte. Maître Pierre restait spectateur oisif du brillant appétit de son jeune convive. Celui-ci en fit l’observation. « Je fais pénitence, dit maître Pierre, et je ne puis rien prendre avant midi. » La conversation qui suivit roula presque entièrement sur les projets du voyageur. Maître Pierre lui conseilla d’entrer dans la garde écossaise, et lui présagea une grande fortune ; mais le souvenir des trappes armées de faux rendait Quentin fort peu docile sur cet article ; il céda pourtant ; car enfin, on l’a déjà deviné, maître Pierre était le roi lui-même. Tel est le moyen employé par Walter Scott pour introduire Quentin Durward dans le château de Plessis, où nous laisserons au lecteur le plaisir de l’y accompagner. Qu’il lui suffise de savoir que le héros de ce roman, qui n’avait d’autre bien que son épée en arrivant en France, s’éleva, à force d’amour et de courage, au plus haut degré de la fortune. La cour de Louis XI et celle de son éternel ennemi le duc de Bourgogne, forment le fonds historique sur lequel Walter Scott a bâti son ouvrage. Ces deux princes y sont représentés avec une vérité effrayante. Le caractère sombre et cruel du monarque français, son hypocrisie, sa lâche superstition ; la fougue indomptable et l’orgueil de Charles le Téméraire, tout est mis en action avec un art admirable. On voit sur le second plan Olivier le Daim, à la fois barbier et ministre d’État ; le cardinal de la Balue, qui finit sa vie dans une cage de fer ; enfin, ce compère de Louis XI, ce Tristan l’Hermite, qui, sous le titre de grand prévôt, exerçait auprès du roi les fonctions de bourreau. À côté du duc d’Orléans, prince loyal et brave, figurent Dunois, fils de celui qui combattait sous Jeanne d’Arc ; la timide Jeanne de France, l’orgueilleuse dame de Beaujeu. Du côté opposé, sont groupés autour de Charles le Téméraire le marquis d’Imbecaut, le comte de Crèvecœur, Philippe de Comines, puis une foule de personnages subalternes qui occupent le fond du tableau, et qui sont tous également bien saisis.

PÉVERIL DU PIC, trad. par Defauconpret, 5 vol. in-12, 1823. — La cour de Charles II, théâtre d’intrigues et de corruption, est représentée dans ce roman avec beaucoup de talent. Les mœurs dissolues des cavaliers, le rigorisme affecté des Puritains, dont la vieille haine se ranime à chaque occasion ; leurs menées, leurs complots ; l’effroi insensé répandu dans la nation anglaise par la prétendue conspiration des Papistes ; la partialité des magistrats qui prononcent au gré des passions du moment ; ce malaise général, cette fermentation intérieure qui annoncent de loin une cruelle révolution : tels sont les principaux traits que Walter Scott a empruntés à l’histoire de l’époque où se passe l’action de ce roman, et qu’il a reproduite dans sa fiction avec une grande vérité. Les personnages de Charles II, et de son favori Buckingham particulièrement, sont des figures tout à fait vivantes ; celui de Fénella a quelque chose de si aérien, de si gracieux, qu’il fait oublier le motif pour lequel cet être délicat s’impose une aussi cruelle privation. Quelle femme que cette comtesse de Derby, qui, à son retour d’exil dans l’île de Man, dont elle est souveraine, fait fusiller le malheureux Christian, malgré l’amnistie, pour venger la mort de son époux, victime de son dévouement pour Charles Ier ! Quel caractère atroce que celui de Ned-Christian ! Quel fanatique que ce Bridgenorth !

LES EAUX DE SAINT-RONAN, traduit par Defauconpret, 4 vol. in-12, 1824. — Près d’un ancien village d’Écosse, dont l’auteur n’indique pas la position précise, la découverte d’une source d’eaux minérales, mise à la mode par la guérison d’une vaporeuse lady, a rassemblé force originaux. Au milieu de cette société, qui a choisi le village de Saint-Ronan pour le théâtre de ses folles prétentions et de ses ridicules amusements, l’auteur amène les personnages les plus romanesques, une Nina, un Lovelace, un Grandisson, une sorte d’Homme gris. La nature singulière de leurs aventures, le mystère qui les enveloppe, la catastrophe tragique qu’elles amènent, forment un contraste bizarre avec les habitudes prosaïques que conserve, dans sa manière d’être, la colonie de Saint-Ronan, en dépit de tous ses efforts pour s’élever à la poésie. Des ridicules bien saisis, des traits de mœurs et de caractères fortement exprimés, des éclairs de passion et d’éloquence, rappellent la manière du grand romancier. C’est une figure charmante que celle de Clara Mowbrai, cette jeune fille qui, sous les apparences d’un caractère fantasque, cache le sentiment profond d’une grande infortune. Mais un personnage hors de ligne dans ce roman, et qu’il faut ajouter à la liste déjà bien nombreuse de ceux auxquels le génie créateur de Walter Scott a su donner une vie réelle, est celui de Josiah Cargill, ministre de l’Évangile à Saint-Ronan. Ses travers le rendent aussi comique qu’il est intéressant par les aventures de son jeune âge, et vénérable par les vertus de sa vieillesse. Après avoir cultivé les muses dans ses premières années, après avoir goûté les charmes et l’amertume d’une passion malheureuse, le pauvre Cargill a cherché un asile et une consolation dans les soins du ministère évangélique, et surtout dans les travaux de l’érudition. Un détachement absolu des occupations ordinaires de la vie, une distraction continuelle, sont devenus le trait dominant de son caractère. À peine peut-il donner un moment d’attention à lui-même, à sa paroisse et à l’intrigue romanesque au milieu de laquelle il se trouve jeté ; il est tout absorbé par ses recherches sur le Siége de Ptolémaïs, dont il doit bientôt offrir une relation au public.

WOODSTOCK, ou le Cavalier, histoire du temps de Cromwell, trad. par Defauconpret, 4 vol. in-12, 1826. — Les malheurs des Stuarts ont été une mine féconde où Walter Scott a puisé le sujet d’une grande partie de ses romans : dans le Monastère et dans l’Abbé, on a vu figurer Marie Stuart ; dans les aventures de Nigel, Jacques Ier, son fils ; la catastrophe sanglante de Charles Ier dans l’OFficier de fortune ; les aventures du Prétendant dans Waverley, et celles de Charles II dans Péveril du Pic. C’est encore ce même Charles II qui, échappé aux suites de la déroute de Worcester, vient occuper de ses dangers, de ses moyens d’évasion et de ses intrigues amoureuses, les habitants dévoués du château de Woodstock. — Après la bataille de Worcester, le fils de Charles Ier erre inconnu et déguisé dans les forêts de la Grande-Bretagne, cherchant à gagner le château de Woodstock, habitation où l’immensité des bâtiments, la profondeur et les sinuosités des souterrains, et surtout la fidélité éprouvée du brave sir Henri Lee, lui promettent le refuge le plus sûr qu’il lui soit permis d’espérer dans sa triste position. Charles n’a avec lui qu’un seul compagnon de sa suite : c’est Albert Lee, fils de sir Henri, et guide du prince au château de Woodstock. Mais un détachement des troupes de Cromwell occupe les environs de ce château ; le parlement a ordonné le séquestre de ce domaine, et trois commissaires chargés de l’exécution sont décidés à y établir leur domicile. Telle est la situation des lieux, des événements et des personnages imaginés par l’auteur, au moment où il va introduire l’illustre fugitif dans le château de Woodstock, autrement appelé la Loge Royale. Cette retraite, qu’il s’était figurée comme la plus sûre, la plus inaccessible, va devenir pour lui le piége le plus dangereux, et, suivant l’expression énergique de Cromwell, une véritable souricière, dont il paraît impossible qu’il échappe, autrement que pour tomber dans les mains de ses ennemis. Il échappera pourtant et à l’espionnage de Tomkins, et à la vigilance intéressée des commissaires, et au blocus des soldats, et aux recherches personnelles de Cromwell, qui ne dédaigne point de se transporter lui-même au château, pour ne point laisser à d’autres qu’à lui l’honneur d’une aussi importante capture. Charles échappera, et nous le verrons couronner, par un dénoûment heureux, le prodige de son évasion, et rentrer à Londres au milieu des acclamations de ses partisans.

Dans ce roman, Walter Scott s’est attaché à reproduire scrupuleusement, d’après les médailles et d’autres monuments contemporains, les traits et la physionomie des principaux personnages. Au premier rang figure Cromwell, dont le portrait se fait remarquer, même après ceux qu’en ont tracés Bossuet et Voltaire. Après Cromwell, c’est Charles II qui fixe l’attention du spectateur ; il arrive au château de sir Henri Lee, déguisé en femme, et son premier soin est de chercher à séduire une jeune fille qu’il rencontre auprès d’une fontaine ; introduit au château sous les habits de son sexe, il poursuit ses projets de séduction sur la noble fille de sir Henri, et finit par se battre avec le neveu de la maison, auquel elle est promise en mariage. Une circonstance habilement ménagée jette sur cette situation une couleur toute particulière : le frère de la belle Alice est ce même Albert Lee, qui seul dans la famille connaît le nom et la dignité de son hôte. Son dévouement à la personne du prince et à la cause royale n’est cependant pas altéré par les coupables intentions de Charles, et ses actes de courage au moment de l’attaque et de l’incendie du château par les troupes de Cromwell, paraissent au-dessus des forces d’un frère outragé dans ce qu’il a de plus cher ; c’est le fanatisme du royalisme, triomphant de l’épreuve la plus terrible qui pût lui être imposée. — Au milieu de ces scènes orageuses, Walter Scott trouve le secret d’en placer quelques-unes assez plaisantes, tirées des mœurs de l’époque. Rien n’est plus comique que les stratagèmes nocturnes employés par le docteur Rochecliffe pour effrayer les commissaires du parlement et les obliger de vider les lieux. On aime à voir ce scélérat de Tomkins, cet espion infidèle aux différents partis qu’il affecte de servir, tombé dans le piége qu’il a tendu, et l’arrivée de Cromwell sur le lieu de sa sépulture, dans l’obscurité d’une forêt, rappelle les inventions effrayantes de Lewis et de mistress Radecliffe. C’est aussi un bien drôle de personnage que celui de Wildrake, royaliste écervelé, toujours prêt à compromettre par ses folies la cause qu’il défend, et s’emportant enfin jusqu’à frapper de son épée Cromwell lui-même, au milieu de ses officiers et de ses soldats.

LES CHRONIQUES DE LA CANONGATE, trad. par Defauconpret, 4 vol. in-12, 1827. — On trouve admirablement exprimé dans ce recueil, le contraste de la civilisation récente de l’Écosse avec ses anciennes mœurs. Le caractère de M. Croftangry ne le cède en rien pour l’originalité à ceux des Clutterbuck, des Cleisbotham, des Cargill, si connus des lecteurs de Walter Scott. La fille du chirurgien ne serait qu’un roman vulgaire, si l’on n’y trouvait, au début et au dénoûment, représentés avec infiniment de naïveté ou d’éclat, l’intérieur du ménage d’un pauvre médecin de campagne, et la cour des monarques de l’Inde. Mais ce qu’il y a vraiment de remarquable dans ce recueil de nouvelles, c’est l’histoire de la Veuve du Montagnard, et celle des deux Bouviers, qui, malgré leur peu d’étendue, peuvent se comparer à ce que Walter Scott a écrit de plus beau.

LA JOLIE FILLE DE PERTH, ou le Jour de la Saint-Valentin, trad. par Defauconpret, 4 vol. in-12, 1828. — L’auteur a peint dans ce roman les mœurs guerrières et turbulentes de l’ancienne Écosse, avec leur caractère âpre et sauvage. Les professions pacifiques des villes participent elles-mêmes à cette rudesse, et l’esprit de la chevalerie anime jusqu’aux simples bourgeois. La peinture du belliqueux armurier de Perth, qui manie les armes aussi bien qu’il les forge, est on ne peut plus originale. Autour de lui se groupent les figures piquantes du bonnetier fanfaron, du grave et sévère gantier, et toute cette population si vive à la défense de ses droits et de ses franchises, si prompte à la révolte et au combat. Puis viennent les montagnards avec leur orgueil, leur fidélité, leur animosité de tribu et de clan ; l’Église, riche, puissante, ambitieuse, mais déjà tourmentée d’un commencement de réforme ; les grands vassaux, espèces de souverains dont les prétentions rivales ébranlent sans cesse l’État et la royauté. Au-dessus de tant d’intérêts ennemis, l’auteur nous montre le bon vieux roi Robert III, trop humain pour un siècle si cruel, pleurant sur les misères et les excès de son peuple ; le duc de Rothsay son fils, mélange singulier de vices et de grâces : ces deux caractères sont admirablement tracés. L’ouvrage, du reste, abonde en scènes vives et variées ; on y passe de la plaine à la montagne, de la ville à la cour ; d’une orgie nocturne à un conseil de cabinet ; d’une émeute populaire à une réunion de magistrats. Le combat en champ clos de soixante montagnards le termine dignement par un récit d’une admirable énergie et de l’intérêt le plus habilement prolongé.

CHARLES LE TÉMÉRAIRE, ou Anne de Geierstein, trad. par Defauconpret, 5 vol. in-12, 1829. — Dans ce roman, l’auteur conduit le lecteur au milieu des paysages imposants des Alpes, et y retrouve cet enthousiasme pour les montagnes qui a tant fait admirer ses tableaux de l’Écosse. Par un contraste d’un grand effet, la Provence est aussi un des lieux de la scène, et c’est en poëte que Walter Scott décrit le pays des troubadours. On a dit de l’auteur de Waverley comme de Shakspeare, qu’il n’avait point de héros ; c’est encore vrai dans cette composition, qui se distingue par une variété de personnages tous également héroïques. Charles le Téméraire fixe d’abord l’attention, quoiqu’il ne paraisse que vers la fin de l’ouvrage. Walter Scott lutte ici très-heureusement avec Philippe de Comines pour les détails historiques, et avec les auteurs les plus célèbres dans l’art de faire parler les passions. Ce n’est plus Louis XI qu’il oppose directement à son impétueux rival, mais la figure calme et originale par sa faiblesse même, de René d’Anjou. Dans l’une des deux cours, tout est bruit d’armes, récits de guerre ; dans l’autre, préparatifs de bals et de processions. Il y a dans Anne de Geierstein un charme tout particulier qui résulte de cette diversité de tableaux, de scènes et de personnages ; l’intérêt change d’objet sans jamais faiblir. L’histoire, le merveilleux y occupent alternativement l’attention au même degré ; le tumulte d’une insurrection populaire succède à la description d’un paysage alpin ; le désordre plus terrible encore d’une bataille, à un bal présidé par le roi René. Dans le vaste cadre adopté par l’auteur, on voit se dessiner chacun avec sa physionomie originale, le Suisse du XVe siècle, le seigneur féodal et ses satellites, le moine, le franc juge du fameux Vehmi ou tribunal secret, les bourgeois des villes à priviléges, le chef des condottieri, le chevalier, le troubadour, le prince, le roi, etc., etc., enfin tout le spectacle du moyen âge.

À l’analyse des principaux romans de Walter Scott, nous croyons devoir ajouter la liste complète de l’édition de ces romans, publiés par Ch. Gosselin, 1820-32 ; Waverley, 4 vol. in-12. — Guy-Mannering, 4 vol. in-12. — L’Antiquaire, 3 tom. En 4 vol. in-12. — Les Puritains d’Écosse, 4 vol. in-12. — Rob-Roy, 4 vol. in-12. — La Prison d’Édimbourg, 4 vol. in-12. — L’Officier de fortune, 2 vol. in-12. — La Fiancée de Lammermoor, 3 vol. in-12. — Ivanhoé, 4 vol. in-12. — Le Monastère, 4 vol. in-12. — L’Abbé, 4 vol. in-12. — Kenilworth, 4 vol. in-12. — Le Pirate, 4 vol. in-12. — Aventures de Nigel, 4 vol. in-12. — Péveril du Pic, 5 vol. in-12. — Quentin Durward, 4 vol. in-12. — Les Eaux de Saint-Rona, 4 vol. in-12. — Redguntlet, 4 vol. in-12. — Histoire du temps des croisades (le connétable de Chester et Richard en Palestine), 6 vol. in-12. — Woodstock, 4 vol. in-12. — Chroniques de la Canongate, 4 vol. in-12. — La jolie Fille de Perth, 3 vol. in-12. — Le Miroir de ma tante Marguerite, 1 vol. in-12. — Charles le Téméraire, ou Anne de Geierstein, 5 vol. in-12. — Robert de Paris et le Château périlleux, 7 vol. in-12. — Lettres de Paul à sa famille, 3 vol. in-12.

On doit joindre à toutes les éditions de Walter Scott une topographie de l’Écosse, qui en forme le complément indispensable, publiée par MM. Firmin Didot, sous le titre de : Guide pittoresque du Voyageur en Écosse, in-8°, orné de 120 vues des principaux sites dont parle le romancier écossais.

 

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