PUCKLER-MUSKAU (le prince)

 

PUCKLER-MUSKAU (le prince), né au château de Muskau, dans la haute Lusace, le 30 octobre 1785.

 

MÉMOIRES ET VOYAGES DU PRINCE PUCKLER-MUSKAU, 4 vol. in-8, 1832. — Le père du prince Puckler-Muskau, l’un des plus riches seigneurs de la Saxe, avait titre de conseiller à la cour, et le jeune prince fut élevé avec toute la dignité convenable à sa fortune et à son rang ; il fit quelques études à Dresde, puis à Leipzig, puis à Halle, et un beau jour il quitta l’université pour entrer dans les gardes du corps du roi de Saxe. Ici commença le roman de sa vie. En prenant l’uniforme d’officier, il devint dandy et homme à bonnes fortunes. Quelques-unes de ses années se passèrent ainsi dans un enchaînement continuel de rêves d’amour et de joies féeriques. À la fin, le héros des salons de Dresde se lassa de toutes ses conquêtes ; il fit atteler les chevaux à sa voiture et s’en fut visiter les Alpes. À son retour, il devint, par la mort de son père, maître de sa vaste seigneurie. En 1813, il rentra au service, et le duc de Weimar le choisit pour aide de camp. Plus tard, il fut envoyé en mission en France et en Angleterre, revint en Allemagne, et vécut dès lors tantôt à Dresde, tantôt à Berlin, et le plus souvent à Muskau ; car il sentait de jour en jour s’accroître le sentiment de tristesse qui, de bonne heure, s’était manifesté en lui ; il fuyait les hommes et se plongeait dans la solitude. Bientôt cette solitude elle-même lui parut monotone. Il se sentit fatigué de voir toujours le même monde, et il partit. Il partit, non plus comme la première fois avec un cœur jeune, avec une imagination toute pleine de chimères ; les jouissances du luxe avaient émoussé ses forces, la satiété avait amené le dégoût ; il se trouvait enfin atteint d’une vague douleur qu’il porte de contrée en contrée, mais qu’il porte avec esprit et qu’il exprime parfois sous la forme d’une sincère et touchant élégie, et parfois aussi sous celle d’une mordante épigramme. Le voyageur passe avec un dédain moqueur au milieu du monde, et fouette sans pitié le ridicule qui le choque, le vice qui l’irrite. Les salons aristocratiques de Londres savent tout ce qu’il y a de finesse dans ses observations, d’amer dans sa critique. Le plus souvent encore, le prince pourrait fort bien se moquer de nous, si nous prenions trop au sérieux sa prétendue tristesse, car il passe avec une charmante légèreté d’esprit d’une heure de bal à une heure de méditation, du mouvement de la foule dans les grandes villes à la solitude dans les montagnes ; tantôt voyageant comme un prince avec ses laquais et sa voiture armoriée, tantôt prenant le sac de l’étudiant, le bâton de pèlerin et parcourant à pied les vallées désertes, les rochers sauvages, partout notant ses impressions, sans trop s’inquiéter de ce qu’elles deviendront. Au fond, il est comme tous les hommes qui ont souffert ; la nature a pour lui un charme mystérieux qu’il a vainement cherché dans le monde. Quand il l’a fuie pendant quelque temps, il y revient avec une nouvelle ardeur, et il la décrit non point avec la majesté de Rousseau, avec la sublime poésie de Byron, mais avec une affection vraie et une grande variété de tons et de couleurs. Les mémoires du prince de Puckler de Muskau sont écrits jour par jour, au hasard de sa plume et de sa pensée, avec une prolixité capricieuse, mais sincère. Le noble voyageur, à défaut de savoir et de réflexion, possède au moins un mérite incontestable, la modestie et la bonne foi ; malgré la complaisance avec laquelle il raconte jusqu’à ses propres bons mots, il ne se fait guère illusion sur la profondeur de ses idées ou la portée de son esprit ; il recueille avidement, avec une enfantine curiosité, les anecdotes les plus diverses, et les expédie à sa chère Julie, telles à peu près qu’il les a reçues, sans chercher à les embellir par les artifices du style et de l’imagination. En résumé, les lettres du prince Muskau offrent une lecture amusante et variée, assez réellement instructive ; non pas qu’on y rencontre une seule discussion sérieuse, c’est partout et à tout propos une parole familière, paresseuse, vagabonde, amoureuse de ses aises, comme l’esprit de l’auteur, allant où il lui plaît d’aller, se reposant à sa guise, se détournant de sa route au moindre caprice.

Le récit du voyage du prince Puckler de Muskau parut en 1830, sans aucun nom d’auteur et sous le titre de Lettres d’un mort. Ce livre produisit en Allemagne une assez grande sensation. Toute la critique entra en émoi à la lecture d’une œuvre empreinte d’un cachet original, et le mystère dont elle était entourée servit encore à augmenter le succès. Goëthe lui-même accorde aux Lettres d’un mort une mention flatteuse, et M. de Varnhagen, l’un des écrivains actuels les plus distingués de l’Allemagne, les loue très-spirituellement. Le premier livre ne renfermait que le voyage du prince en Angleterre. Plus tard il y joignit un voyage en Irlande et en Italie, puis un voyage en France, dans lequel il se montra, contre son habitude, fort indulgent et fort louangeur. Il publia encore sous le titre de Tuti fruti un recueil de pensées détachées, de tableaux de voyage et de nouvelles, où l’on trouve des contes qui rappellent souvent l’esprit de Tieck, l’imagination d’Hoffmann, et des pages pleines de finesse et de cette gaieté satirique que les Anglais appellent humour. Maintenant le prince a entrepris un voyage en Afrique et en Amérique, qui nous promet des volumes dignes d’être mis à côté de ceux qu’il a écrits sur notre vieille Europe.

On a encore du prince Puckler-Muskau : De tout un peu, 4 vol. in-8, 1834. — Chroniques, lettres et journal de voyage, 3 vol. in-8, 1837.

 

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