POUGENS (Marie-Ch.-Jos.)

 

 

POUGENS (Marie-Ch.-Jos.),
fils naturel du prince de Conti, né à Paris le 15 août 1755, mort le 19 décembre 1833.

 

LES QUATRE ÂGES, in-12, 1819. — Sous ce titre, M. Pougens s’est amusé à retracer la longue et douce vie de deux habitants des délicieuses vallées de Tibur ; les plaisirs de leur enfance, les passions de leur adolescence, les vertus de leur âge mûr et de leur vieillesse. Floridor et Flora sont nés le même jour : leurs parents, dont les habitations sont voisines, vivent dans les riantes campagnes arrosées par le rapide Anio, qu’Horace a tant de fois célébrées dans ses odes. Les deux enfants ne se quittent point ; leurs jeux sont les mêmes : ils grandissent ; de nouvelles sensations les agitent sans les tourmenter ; Floridor découvre qu’il ne peut être heureux qu’avec sa Flora ; leur union n’éprouve presque aucun obstacle. Époux, ils voient s’élever autour d’eux une petite colonie d’enfants dont ils font le bonheur. Après un siècle entier de cette heureuse existence, ils meurent comme ils étaient nés, le même jour : une même tombe les reçoit, et les regrets de toute la contrée les accompagnent. Il n’y a, dans ces aventures, rien qui flétrisse le cœur, qui attriste l’imagination : c’est le tableau d’une vie pure ; c’est celui de la vie pastorale, non telle qu’elle est, mais telle qu’il serait à désirer qu’elle fût.

LETTRES D’UN CHARTREUX, in-18, 1820. — Ce roman offre, dans une vingtaine de pages, le tableau déchirant des ravages que fait, dans le cœur d’un être isolé de la société entière, cette passion de l’amour que pourtant Dieu donna aux hommes pour les dédommager du malheur d’exister. Cette passion n’a pour le solitaire ni charmes, ni délices ; c’est un poison lent qui coule dans ses veines, trouble son cerveau, le remplit d’images fantastiques. Sans avoir commis de crime, le solitaire amoureux sent tous les tourments du remords. Dans le récit de cette anecdote, qui n’a rien que de très-vraisemblable, M. Pougens démontre combien se trompent les âmes faibles, qui, pour se soustraire à une passion que dans l’aveuglement d’une dévotion excessive elles nomment criminelle, s’enferment dans la solitude des cloîtres, se vouent à toutes les privations, croient acheter le ciel en renonçant aux plaisirs de la terre. L’ennemi qu’elles fuyaient, elles le trouvent au fond de leur cellule, plus puissant, plus formidable, entouré de fantômes effrayants. Le jeune Anatole n’a jamais connu qu’un amour ; une seule fois, il entrevoit une femme dans les jardins de son couvent : elle n’a jeté qu’un regard sur lui, ne lui a dit que ces deux mots : Pauvre infortuné ! et voilà son esprit qui s’égare, qui se remplit de chimères. Il aime, il adore celle qu’il ne verra jamais, et qui même ignorera toujours qu’elle est aimée ; il lui écrit des lettres brûlantes qu’elle ne lira point : dévoré par une passion qui jamais ne sera satisfaite, qui même n’est pas soulagée, calmée par l’espérance, il sent son corps de dessécher, s’affaiblir, à mesure que sa raison s’altère ; il ne trouvera de repos que dans la tombe.

ABEL, ou les Trois pères, in-12, 1820. — Élevé avec la plus grande rigueur par un père très-dévot, Abel, à dix-huit ans, a déjà commis deux fautes graves ; il s’est laissé séduire par la gouvernante d’un curé, et a séduit à son tour une jeune fille. Pour ces deux fredaines, on le renferme pour quelque temps à Saint-Lazare, et il perd un emploi subalterne qui le faisait exister. Il sort de sa retraite moins bon qu’il n’y était entré, mais pas encore coupable ; il va le devenir. Manette, la malheureuse victime de sa passion, a été rejetée de sa famille, s’est réfugiée dans un galetas où elle amis au monde une fille. C’est là qu’Abel la retrouve, au moment même où elle allait expirer de misère ainsi que son enfant. Que fera-t-il ? Lui-même ne possède rien. Son premier mouvement est d’aller se proposer à un recruteur, et de porter aussitôt à sa malheureuse famille le prix de sa liberté ; mais il ne peut réussir dans ce noble projet. Le hasard le conduit près d’un hôtel dont il a autrefois connu le propriétaire ; il y entre pour y implorer quelques secours qu’il ne peut obtenir. Un moment il reste seul ; une bague de peu de valeur est sous ses yeux : la prendra-t-il ? Il hésite ; mais Manette meurt de faim. Il emporte la bague, et va l’engager au Mont-de-Piété. Son espoir est de la retirer bientôt ; mais son vol a été découvert, il est arrêté, jugé, condamné aux galères pour trois ans. Ces trois années cruelles s’écoulent lentement au milieu des bandits de toute espèce. Enfin, il recouvre sa liberté ; mais un barbare préjugé le repousse partout. Après bien des aventures funestes qu’il faut lire dans le roman même, la victime des trop rigoureuses lois et des préjugés meurt sur un échafaud.

LETTRES DE SOSHÈNE À SOPHIE, in-18, 1821. — Ce roman a beaucoup d’analogie avec la Nouvelle Héloïse, et plaira aux personnes qui ont l’imagination exaltée ; mais la plupart des lecteurs pourront bien trouver que quelques-unes des peintures sont un peu trop voluptueuses.

CONTES DU VIEIL ERMITE DE LA VALLÉE DE VAUXBUIN, 3 vol. in-12, 1821. — Intérêt dans le récit, charme dans le style, véritable philosophie, morale douce et touchante, telles sont les qualités de cet enfant des loisirs de l’ancien solitaire de Vauxbuin. Parmi les contes que renferme ce recueil, nous citerons particulièrement : les Si et les Mais ; Bacthiar, ou les Méprises de l’amour-propre ; Nicolas Flamel ; Timon et Azoline, ou Entretien d’un misanthrope et d’une danseuse de l’Opéra ; Amour, jeunesse et vanité ; le Vizie Alokin et son moineau ; le Souvenir de Mme/sup> Henriette d’Angleterre, ou Mon 31 décembre.

Nous connaissons encore de cet auteur : Jocko, anecdote détachée des Lettres inédites sur l’instinct des animaux, in-12, 1821. — Albérie et Sélénie, in-18, 1827. — Mémoires et Souvenirs, in-8, 1834 (ouvrage posthume).

 

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