MARMONTEL (Jean-François), né à Bort (Corrèze), le 11 juillet 1723, mort le 31 décembre 1799.

 

 

BÉLISAIRE, in-8 et in-12, 1766. — « Le Bélisaire de Marmontel, dit Chénier, sans égaler le Télémaque de Fénélon, ni l’Émile de Rousseau, chefs-d’œuvre différents, mais égaux entre eux, à qui nul ouvrage de morale ne peut être comparé chez les autres nations modernes, ni même dans les littératures de l’antiquité, le Bélisaire les suit au moins avec honneur. Ici nous retrouvons Marmontel composant sur la morale un traité méthodique, et dont les formes sont austères ; c’est le dernier volume des « Leçons d’un père à ses enfants », et le meilleur après celui qui porte le nom de « Grammaire. » La Leçon de morale évangélique rappelle, quant au fond des idées, la fameuse Profession de foi du vicaire savoyard. Les avantages sont compensés : Marmontel est plus orthodoxe, et J. J. Rousseau plus éloquent. Le traité dont nous parlons est encore enrichi de très-beaux passages, tirés des ouvrages philosophiques de Cicéron : ils sont fidèlement rendus, et toujours on y trouve cette correction, cette élégance, cette harmonie qui n’abandonnaient guère Marmontel, quand il écrivait en prose. — Quoi qu’il en soit du jugement de Chénier, presque aussitôt que Bélisaire parut, il en fut publié plusieurs critiques, ce qui n’empêcha pas que le livre ne fût traduit dans toutes les langues de l’Europe, qu’il ne fût réimprimé et ne le soit encore journellement, tandis que les censures et les critiques ne se lisent plus depuis longtemps.

LES INCAS, ou la Destruction de l’empire du Pérou, 2 vol. in-8, 1777. — On peut regarder les Incas comme une espèce de roman poétique, qui a l’histoire pour fondement, et la morale pour but ; il était difficile de choisir un sujet plus riche et plus propre à instruire et à intéresser. L’ouvrage commence par une description des mœurs et de la religion de Péruviens, qui occupe les quatre premiers chapitres, jusqu’à l’arrivée de la famille de Montezuma, qui apprend à l’Inca du Pérou, Attapalipa, l’effrayent révolution qui a renversé le trône du Mexique sous les coups des Espagnols, les victoires et les cruautés de Cortez, et la mort de Montezuma, frappé de la main de ses sujets. Les limites que nous nous sommes tracées ne nous permettant pas d’analyser les autres parties de cet ouvrage, nous nous contenterons de faire observer qu’en général la peinture des événements extraordinaires qui firent tomber devant une poignée d’Espagnols les empires du Mexique et du Pérou, est tracée avec énergie, avec noblesse, avec intérêt. La description de l’île Christine dans la mer du Sud est un des épisodes les plus agréables du livre. La morale développée dans tout l’ouvrage a pour effet principal de combattre le plus grand fléau de l’humanité, le fanatisme religieux : on ne peut le combattre mieux qu’en racontant ses forfaits, et les plus horribles qu’il ait commis ont eu pour théâtre les deux Indes. Le vertueux Las Cases, qui mérita le titre de protecteur de l’Amérique, est un des personnages les plus intéressants du livre des Incas ; le langage qu’il tient dans le conseil des Espagnols, avant l’expédition de Pizarre, est digne du caractère que l’histoire lui attribue.

CONTES MORAUX, nouv. édit., 5 vol. in-18, 1823. — Ces contes, qui ont eu depuis tant de vogue en Europe, eurent une origine qui fait honneur au caractère de Marmontel. Boissy, homme de beaucoup d’esprit, mais sans fortune et surtout sans cabale, avait été heureusement surpris par un de ses amis, au moment où l’excès de sa misère le poussait à la plus horrible extrémité du désespoir ; l’infortuné allait mourir avec sa femme et son enfant ! Marmontel obtint pour lui le privilége du _Mercure_ ; mais ce n’était pas tout que le privilége d’un journal, il fallait à Boissy des collaborateurs qui pussent jeter de l’éclat sur son entreprise. Marmontel ne laissa pas son noble procédé imparfait ; il envoya dès le lendemain à Boizzy le premier des Contes moraux, intitulé _Alcibiade_, qui eut un succès inespéré. Ce conte d’Alcibiade est fort joli ; mais l’action vaut encore mieux que le conte. Soliman II, le Scrupule, et les Quatre Flacons, parurent successivement et à peu près de mois en mois dans le Mercure ; il en fut de même de la suite des autres contes, imprimés plus tard séparément sous les titres de Nouveaux contes moraux. Ces contes, ainsi que Bélisaire, offrent des tableaux heureux, d’utiles préceptes, et le mérite d’un bon style ; ils ont été traduits dans toutes les langues de l’Europe, et sont journellement réimprimés.

 

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