FLORIAN (J. P. CLARIS de)

FLORIAN (Jean-Pierre CLARIS de), né au château de Florian, le 6 mars 1755, mort le 13 septembre 1794.

 

 

GONZALVE DE CORDOUE, ou Grenade reconquise, 2 vol. in-8, 1790. — Gonzalve, le héros de l’Espagne, est amoureux de Zuléma, fille de Muley Hassem, roi de Grenade : cette ville est assiégée par Ferdinand et Isabelle, et Gonzalve, dans une attaque, a pénétré jusque dans l’intérieur de cette ville. Tout pliait devant lui quand il aperçoit Zuléma éperdue sur les marches du palais, et qui semble implorer la protection du ciel et la pitié du vainqueur. Attendri à cette vue, il suspend le carnage, il s’éloigne lentement, et remporte au fond du cœur l’image de la princesse. Quelque temps après il se trouve à portée de délivrer Zuléma, qu’un prince africain, Alamar, a fait enlever. Gonzalve, en l’arrachant à ses ravisseurs, reçoit plusieurs blessures qui le mettent en danger de perdre la vie ; mais la princesse qu’il a sauvée le fait transporter à Malaga, ville de sa dépendance, et lui prodigue, sans le connaître encore, tous les soins qu’elle doit à son libérateur. Elle le croit de la même nation et de la même religion qu’elle, parce qu’il était vêtu d’un habit maure quand il l’a rencontrée. Elle l’aime déjà, comme on peut bien s’y attendre ; elle lui fait, pendant sa maladie, le récit de tout ce qui lui est arrivé depuis sa naissance, et dans ce récit se trouve naturellement amené tout ce qu’il faut que le lecteur sache de ce qui a précédé le moment où commence le roman, etc., etc. — Le plan de l’ouvrage est régulièrement conçu : l’action principale est bien graduée ; le héros est intéressant sous tous les rapports, comme guerrier, comme ami, comme amant ; les autres personnages sont bien disposés pour figurer dans l’ordonnance générale ; les épisodes sont bien entremêlés à l’action, qu’ils suspendent sans trop la retarder ; le péril de Gonzalve et de sa maîtresse Zuléma va croissant jusqu’au dénoûment, qui satisfait le lecteur. —Gonzalve est précédé d’un précis historique sur les Maures, excellent morceau où il y a de la méthode, du choix, du jugement ; où l’auteur a su se resserrer sans sécheresse, et quelquefois s’étendre à propos. Ce précis fait mieux connaître les Maures qu’aucun autre des livres qu’on a faits sur cette intéressante nation.

SIX NOUVELLES, in-18, 1784. — Ces six nouvelles sont : Bliomberis, Pierre, Célestine, Sophronyme, Sanche, et Bathemendi. — SIX NOUVELLES NOUVELLES, in-12, 1793. — Les deux recueils de nouvelles sont ordinairement réunis en un seul. Ce volume renferme six autres nouvelles, qui sont : Selmours, Selico, Claudine, Zulbar, Camiré, et Valérie. Selmours est une nouvelle anglaise où l’on trouve un caractère original, celui de Pikle, assez bien tracé ; Sélico, nouvelle africaine, rappelle un trait de l’histoire africaine, où l’auteur a dessiné avec énergie des caractères fiers et des mœurs atroces ; dans Valérie se trouve rajeuni un conte de revenant qui depuis longtemps passe pour une histoire réelle ; c’est celle d’une femme enterrée comme morte, et qui ressuscite dans les bras d’un amant désespéré qui est venu la chercher jusque dans la tombe ; Zulbar est un conte allégorique et philosophique, où les hommes sont changés en animaux, dont les discours ont pour objet des points de morale et de philosophie pratique ; Camire est une nouvelle américaine dont la scène se passe au Paraguay. La plus intéressante des six nouvelles est sans contredit celle de Claudine. Le Fond en est très-simple : c’est une jeune et intéressante paysanne de la vallée de Chamouny, séduite et abandonnée par un voyageur anglais, nommé Belton. Contrainte de se dérober à la présence et au courroux d’un père qui ne pardonne pas une faute contre le mœurs, il ne lui reste que cette cruelle alternative, de ne revoir jamais la maison paternelle, ou de se séparer de son enfant, que le père de Claudine ne peut consentir à recevoir chez lui. L’amour maternel l’emporte, l’infortunée Claudine prend un parti courageux, revêt des habits d’homme, et sans autre ressource qu’une sellette et une brosse, elle arrive à Paris pour faire le métier de décrotteur, en compagnie de son fils qu’elle fait passer pour son frère. Dans cette ville, elle rencontre son séducteur, sa brosse lui tombe des mains et est ramassée par l’enfant. L’Anglais lui propose de quitter sa sellette pour se mettre en service chez lui ; elle y consent, mais sa patience et son amour sont à de rudes épreuves. Belton a une maîtresse, à laquelle Claudine, devenue Claude, porte les lettres et pleure en secret. Belton, dégoûté de cette maîtresse, en prend une autre ; mais la première, outrée de son inconstance, aposte des scélérats pour l’assassiner. Claude est assez heureux pour défendre et sauver son maître, et reçoit un coup d’épée dans la poitrine. En secourant Claudine, Belton retrouve une bague qu’il lui avait donné ; il la reconnaît, se jette à ses genoux et obtient avec son pardon la main de sa libératrice. Cette petite histoire est charmante, pleine d’intérêt et de grâce ; l’auteur suppose qu’elle est racontée par un de ces habitants des montagnes qui servent de guides aux voyageurs, et la naïveté du récit ne dément point cette fiction.

GALATÉE, in-18, 1783. — Galatée, roman pastoral imité de Cervantes, entremêlé de vers et de romances, est celui de tous les ouvrages de Florian qui eut le plus de succès. Le style en est pur, la narration claire et rapide, les sentiments doux, les pensées délicates et naturelles. Cervantes avait laissé ce livre imparfait, Florian l’a terminé, et dans le dernier livre, qui est de son invention, l’intérêt est bien soutenu, et le fil des événements si bien suivi, que l’auteur espagnol lui-même aurait eu peine à s’apercevoir que c’est une pièce de rapport. Quel que soit dans la postérité le sort des autres ouvrages de Florian, sa Galatée y conservera des lecteurs tant qu’il y aura des âmes sensibles, amies des passions douces, de la nature choisie, et de ces mœurs champêtres qui cesseront de paraître romanesques à mesure qu’on se désabusera davantage des tristes illusions des villes.

ESTELLE, in-18, 1788. — On retrouve encore dans ce roman pastoral plusieurs imitations de l’espagnol, mais la plus grande partie appartient à l’auteur. Estelle et Galatée sont deux sœurs qui ont quelques traits de famille avec des nuances qui les distinguent.

 

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