NODIER (Charles)

 

NODIER (Charles), de l’Académie française, né à Besançon le 29 avril 1783.

 

LE PEINTRE DE SALTZBOURG, Journal des émotions d’un cœur souffrant, etc., in-12, 1803. — M. Charles Nodier avait vingt ans quand il fit ce livre : aussi c’est bien vraiment un livre de jeune homme, un livre quelque peu déclamatoire, mais plein d’ardeur et de poésie. Évidemment inspiré par le Werther de Goëthe, il vint l’un des premiers chez nous après l’ouvrage allemand ; mais si Charles Munster a quelques-uns des traits de l’amant de Charlotte, sa physionomie est cependant loin d’être la même ; les souffrances de ces deux malheureux ne sont pas non plus pareilles ; ce sont deux nuances bien diverses d’une semblable douleur. Les tourments qui déchirent Werther sont plus intimes peut-être, plus profondément creusés, plus inexorables. Il semble qu’il y ait pour le Peintre de Saltzbourg quelques douceurs, au milieu de ses angoisses, dans l’exaltation poétique de son âme et dans ses pleurs d’artiste.

JEAN SBOGARD, 2 vol. in-12, 1818. — La scène de ce roman se passe aux environs de Trieste, sous le beau ciel de l’Italie ; mais l’auteur fait souvent une terre de deuil de cette terre de fête. Vers l’année 1806, dans le château isolé de Monteleone, vivaient deux sœurs dont la différence d’âge fortifiait la tendre union. Heureuse de la protection d’une sœur chérie, la jeune Antonia pleurait moins amèrement la mort de son père. Cette frêle créature avait apporté en naissant une organisation si délicate, elle ne tenait à la terre que par des liens si déliés, qu’ils semblaient toujours prêts à se rompre ; son organisation morale était encore plus délicate que son organisation physique, et elle était sujette à des mouvements d’une vague mélancolie qui parfois semblaient atteindre jusqu’à la raison. À cette époque, l’Istrie, successivement occupée et abandonnée par les armées des différentes nations, jouissait d’un de ces moments de liberté orageuse qu’un peuple faible goûte entre deux conquêtes. Cependant, une association de brigands, réunis sous le nom de Frères du bien commun, et commandés par un chef intrépide nommé Jean Sbogard, désolait le pays. L’auteur donne ces détails en peu de mots, et les premières pages de l’ouvrage sont consacrées au genre descriptif. Antonia et sa sœur visitent les environs de Trieste ; elles assistent à plusieurs fêtes champêtres qui, dans ces belles contrées, ont toutes un caractère poétique. Tout à coup on apprend que les Frères du bien commun se sont emparés d’un château voisin, et qu’on a vu leur chef rôder sous les murailles du château de Monteleone. Le nom du brigand fait naître pour la première fois dans le cœur d’Antonia un sentiment de crainte personnelle. Un incident rendit cette crainte plus vive : un jour qu’elle s’était endormie dans la forêt qui avoisinait le château, elle entendit causer près d’elle ; le feuillage lui dérobait la vue de ceux qui parlaient, mais son oreille fut frappée de ces mots : « La voilà, dit une voix d’homme ; voilà la fille de la casa monteleone ; … elle a fixé le sort de ma vie ; elle est mon épouse devant Dieu seul, et j’ai juré que jamais une main mortelle ne détacherait un fleuron de sa couronne de vierge, pas même la mienne… » L’apparition des brigands dans le voisinage du château, en lui rappelant cette scène, fut loin de rendre le calme à l’esprit de la jeune Antonia. Pour la distraire, sa sœur la conduisit à Venise. On y parlait alors d’un jeune étranger nommé Lothario, qui faisait les délices de la société, et qui répandait l’or avec une profusion digne d’un souverain. Antonia eut l’occasion de voit cet étranger dans une maison où elle était, et fut extrêmement émue à son aspect ; en peu de temps, la plus douce intimité s’établit entre elle et Lothario, et de l’aveu de sa sœur elle lui permit de prétendre à sa main. C’est dans l’ouvrage même qu’il faut lire l’histoire de cette singulière passion, et quels obstacles Lothario apporta lui-même à l’accomplissement de ses vœux. Fatiguée de regrets et d’espérance, Antonia quitta Venise, et reprit avec sa sœur le chemin de Monteleone. En route elle est attaquée par la troupe de Jean Sbogard, enlevée et conduite dans la forteresse dont les brigands se sont emparés. Sa sœur est tuée dans le combat ; Antonia assiste à ses funérailles dans les souterrains du château ; sa raison s’altère, et l’assiduité d’un des brigands dont la tête est constamment couverte d’un crêpe noir, excite plus d’une fois son attention dans les moments lucides où elle peut réfléchir sur son état. Un jour le bruit du canon se fit entendre ; les troupes françaises attaquèrent le château et s’en emparèrent ; tous les brigands furent envoyés à Mantoue pour être jugés. La jeune fille trouvée parmi eux, et dont l’état de démence était bien constaté, fut confiée aux soins d’un médecin célèbre. Elle recouvra la raison, et se décida à prendre le voile. Cependant l’instruction du procès des brigands était achevée ; ils avaient été condamnés à mort au nombre de quarante, mais rien ne prouvait que Jean Sbogard fût parmi eux ; pendant que la jeune fille trouvée dans la forteresse pourrait le reconnaître, on l’amena dans la grande cour de la prison où les condamnés devaient passer. Ils parurent. L’un d’eux la frappa, et elle reconnut en lui Lothario. — « Non, non, répondit-il, je suis Jean Sbogard. » Il faut lire cette scène effroyable et les détails révoltants qui suivent dans l’ouvrage, pour avoir une idée de cette bizarre composition, où l’auteur a mêlé à des images hideuses, à des tableaux révoltants, des fêtes, de pieuses cérémonies, d’aimables descriptions de la nature, des maximes de morale les plus sages, l’expression des nuances les plus délicates du sentiment.

THÉRÈSE AUBERT, in-12, 1819. — De tous les romans de M. Charles Nodier, celui de Thérèse Aubert est un de ceux auxquels on donne généralement la préférence, et cette préférence est justement méritée. Que de douceur et de charme dans cette histoire si simple et si touchante ! que de passion aussi ! Y a-t-il rien de suave et de gracieux comme la scène du départ au sommet de la colline, au bout du sentier de la croix ? Y a-t-il rien de chaste et de ravissant comme ces baisers craintifs posés et recueillis sur des feuilles de roses ? et ce baiser d’adieu, si timide encore, que les lèvres des amants n’osent se donner qu’à travers le dernier débris de l’églantine ? Ailleurs, au dénoûment du drame, quelle autre situation déchirante et passionnée ! lorsque Adolphe retrouve sa pauvre Thérèse aveugle et défigurée par la maladie, et la presse avec amour toute mourante entre ses bras, comment le dégoût ne l’emporte-t-il point sur l’intérêt, et ne nous contraint-il pas à fermer le livre ? Oh ! c’est qu’au milieu de son agonie cette jeune femme est plus belle encore ; c’est qu’il semble que son âme se montre à nous plus pure et plus céleste au travers des plaies et sous la flétrissure de son corps ; c’est que, comme son amant, nous voudrions retenir aussi dans nos bras cet ange qui ouvre les ailes et va s’envoler.

LORD RUTHWEN, ou les Vampires, 2 vol. in-12, 1820. — Léonti, jeune gondolier de Venise, séparé depuis longtemps de la jeune Bettina qu’il aime, la retrouve, à son retour dans sa patrie, au milieu d’une fête dont l’harmonie est troublée par un sombre et mystérieux étranger. Une Tyrolienne, habile à pénétrer les secrets de l’avenir, prédit à la jeune Vénitienne qu’elle sera la proie d’un vampire ; mais à peine a-t-elle prononcé ce nom, que le mystérieux étranger, lord Ruthwen, qui n’est autre que le vampire lui-même, lui impose silence. La jeune fille est ramenée chez son père, où son amant et Ruthwen l’accompagnent. Ce dernier parvient à séparer de nouveau les deux amants ; il s’empare de cette jeune fille, et disparaît après s’être abreuvé de son sang. Enflammé du désir de venger son amante, Léonti se met à la poursuite du vampire, et rencontre bientôt un compagnon d’infortune dans Aubry, jeune homme dont le monstre a aussi dévoré la sœur. Unissant leur courroux et leur chagrin, ils jurent de découvrir le traître et de lui faire expier ses crimes par la mort. Un jeune Arabe qu’ils rencontrent dans leurs voyages, se joint à eux, et chacun raconte à son tour une série d’aventures dont les principaux acteurs sont toujours des vampires, ou des victimes de ces spectres dévorants. Bientôt Bettina apparaît à Léonti, et lui annonce que le vampire usurpe à la cour du duc de Modène un rang distingué, qu’il occupe sous le nom de lord Seymour. Abusant de la confiance du prince, il obtient la main de sa fille ; mais au moment de conclure cette union, la princesse est prévenue du danger qu’elle va courir. Une scène concertée entre les trois amis, pour démasquer le vampire, n’ouvre pas les yeux au duc ; la princesse épouse lord Seymour et expire dans la nuit de ses noces. Léonti plonge son poignard dans le cœur du vampire ; Bettina meurt une seconde fois, et on assiste aux funérailles de toutes ces victimes. — Il règne dans tout cet ouvrage une monotonie de cruauté qui n’est adoucie par aucune transition qui en affaiblisse l’horreur, qui repose agréablement l’imagination. M. Charles Nodier avait promis une suite à lord Ruthwen, sous le titre d’Histoire de ma première vie ; cette suite n’a jamais paru.

ADÈLE, in-12, 1820. — Ce roman est de la famille de Werther et du peintre de Satzbourg. On y trouve moins de poésie peut-être que dans ces deux ouvrages, mais aussi plus de détails naïfs, plus de tristesse vraie. L’auteur s’y permet beaucoup de sorties philosophiques qu’il n’est pas permis de blâmer, car il a commis trop rarement depuis de ces péchés-là.

TRILBY, ou Le Lutin d’Argail, nouvelle écossaise, in-12, 1822. — Quel est ce Trilby, qui, dans la chaumière du pêcheur Dougal, se plaît à côté de la cellule harmonieuse de Grillon, qui soupire près de la brune Jeannie filant au coin du feu ; qui, lorsqu’elle s’endort, s’approche doucement, effleure ses joues rosées, se roule dans les boucles de ses cheveux, se repose sur son sein ? C’est une âme revêtue d’un corps aérien, c’est le follet de la chaumière, c’est le lutin d’Argail. Dirai-je ses chastes amours ? Raconterai-je les soupirs innocents de son amie ? Parlerai-je du moine centenaire de Balva, prononçant les paroles d’un exorcisme irrémissible, exilant le pauvre lutin, et le condamnant à ne jamais revenir sous le toit où il a tenté la fidélité de la batelière ? Dirai-je les chagrins de Jeannie, veuve de son cher follet, les efforts de Trilby pour se rapprocher de la femme à qui son existence est attachée, ses transformations et ses apparitions, les douces terreurs et les désirs de son amante ? Non, j’aime mieux laisser le mélancolique romancier nous conter cette touchante histoire.

SOUVENIRS DE JEUNESSE, extraits des Mémoires de Maxime Odin, in-8, 1832. — Dans cet ouvrage, l’auteur présente un seul personnage qui, assis au coin d’un feu pétillant par une soirée d’hiver, en face d’une vieille baronne, sa grande amie, lui raconte sa vie avec quelques femmes. Il a exercé une triste influence sur ces belles âmes qui adoptèrent la sienne. Toutes s’éteignirent, toutes passèrent, lui seul resta. À chaque fin de chapitre, à chaque dernière page, il y a une mort qui vous désole, et puis un nouveau nom sur le feuillet suivant comme une sorte de résurrection, ou bien un autre anneau à cette chaîne de jeunes filles que la douleur, la faiblesse, la passion, ou un anévrisme, brisent de distance en distance. Ne croyez pas que Maxime Odin ignore un seul secret du cœur féminin ; dans toutes les classes il a cherché une amie, un ange, une main pour la sienne, une bouche pour sa bouche, et il semble que le sort jaloux ait voulu le punir d’avoir plu à ces êtres fragiles en les présentant devant ses yeux pour les lui ravir promptement, comme dans les lanternes magiques paraissent et disparaissent avec rapidité les figures peintes sur verre. Dans ce récit, palpitant d’intérêt, toute femme reconnaîtra sa pensée et sa vie. — Les Souvenirs de jeunesse se composent de quatre nouvelles bien distinctes : Séraphine est plutôt un souvenir d’enfance que de jeunesse ; c’est bien le premier amour qui s’ignore lui-même, et dont le souvenir suffit à rajeunir encore une âme usée et flétrie ; dans Clémentine s’annonce le jeune homme inquiet, tourmenté, avec sa fougue indomptable, avec sa joie effrénée, avec ses larmes de feu ; dans Amélie, c’est le jeune homme encore, le jeune homme aimant avec toute ce qui lui reste d’amour, mais abattu, mais découragé, mais n’osant plus croire à l’avenir, désespérant du bonheur. Après Séraphine, Clémentine et Amélie, après les plus purs et les plus saints ravissements de l’amour, après ses transes les plus poignantes et les plus cruelles, Lucrèce et Jeannette offrent soudain l’oubli du cœur et les grossières consolations des sens. La vie est ainsi, dira-t-on ; oh ! oui, peut-être ; mais il ne faut pas avouer hautement combien nous sommes ingrats envers ceux qui nous ont aimés, et oublieux de nos plus chers souvenirs. En lisant cette dernière nouvelle, on regrette que l’auteur se soit hâté de sécher lui-même les pleurs qu’il nous avait arrachés.

MADEMOISELLE DE MARSAN, in-8, 1832. — Ce roman fait en quelque sorte suite aux Souvenirs de jeunesse du même auteur ; mais c’est un livre beaucoup moins intime et beaucoup moins vrai. Ce n’est pas cependant qu’il ne contienne de bien remarquables morceaux, entre autres l’épisode de la Torre Maldetta, dans lequel le supplice d’Ugolin et de ses enfants se trouve peint avec une si effroyable vérité par l’écrivain qui en a subi lui-même toutes les angoisses, toutes celles du moins qu’il ne pouvait supporter sans mourir. Mais, en somme, Mlle de Marsan n’est guère qu’un roman de l’école d’Anne Radcliffe, un roman criblé de trappes et de souterrains, écrit seulement d’un style auquel on ne nous avait pas habitués dans ces sortes d’ouvrages.

Maxime Odin, cet homme à passions inépuisables, auquel un amour pousse au cœur à mesure qu’il y en a un brisé, trahi, ou effacé, se prend d’adoration pour une femme brune, grande, belle, silencieuse et sévère, Mlle de Marsan. Maxime est malheureusement repoussé, et Mlle de Marsan lui préfère Mario Cinci qu’elle a épousé en secret, et avec lequel la noble Française s’enfuit, emportant la malédiction de son père. Mario se noie dans un torrent, et ses complices sont fusillés.

RÊVERIES LITTÉRAIRES, MORALES ET FANTASTIQUES, in-8, 1832. — Les rêveries sont en général d’ingénieux et spirituels paradoxes, développés avec une apparence de candeur et de conviction qui séduisent et entraînent irrésistiblement ; on se laisse aller soi-même aux caprices et aux fantaisies d’imagination de l’écrivain, et l’on se surprend ensuite bien étonné de tout le chemin qu’il vous a fait taire dans le chemin des rêves et des utopies. Impatienté que l’on est d’avoir été mené si loin, on se reproche parfois alors la docilité naïve avec laquelle on a suivi le mystificateur, et l’on va jusqu’à malicieusement admirer combien, dans ces pages brillantes, la puérilité du fond contraste souvent singulièrement avec la magnificence de la forme.

LA FÉE AUX MIETTES, roman imaginaire, in-8, 1832. — L’histoire de la Fée aux miettes est une folle histoire, racontée par un fou dans un hospice de fous. Toute l’action se passe entre un jeune charpentier nommé Michel et une petite vieille naine, mendiante et fée aux miettes de son état, pourvue de deux dents démesurément longues, ce qui ne l’empêche pas de toucher le cœur du jeune homme et d’obtenir de lui ne promesse de mariage. Ces deux amants, après s’être sauvé la vie mutuellement, finissent par s’épouser. Il ne faut pas cependant plaindre trop fort Michel de ce mariage. Pour consoler son époux la vieille fée se métamorphose pendant les nuits en une jeune et charmante princesse ; et lorsqu’il aura trouvé la mandragore qui chante, la fée tout à fait désenchantée sera pour lui princesse, non-seulement la nuit, mais encore le jour. — Ce livre n’est point un livre imaginaire, composé seulement pour amuser l’enfance. Cette fée n’est point la survivante de la reine de l’air qui, sans utilité, vole d’un pôle à l’autre dans une coquille de noix. Ceci ne ressemble pas non plus à ces contes fantastiques qu’il nous arrive d’écrire avant d’en avoir trouvé le but et la morale ; heureux quand nous avons mis aux prises, dans quelques villes du moyen âge, un juif avare, une sorcière méchante, quelques chats noirs et un voyageur poussé par satan à sa damnation : ici, tout est allégorie, vérité, graves enseignements. Ce jeune Michel, sans cesse à la recherche d’une mandragore qui chante, n’est-ce pas l’âme qui court après le bonheur, après ce but général, si pénible à atteindre ? Cette fée, si raisonnable à travers ses badinages et sa petite coquetterie, n’est-ce pas la sagesse personnifiée, vivante ? Bien différente de Mentor qui ne quitte pas Télémaque, elle abandonne Michel à lui-même pendant plusieurs années. Mais il emporte dans sa mémoire les bons conseils de sa bonne protectrice et ne faillit jamais. — Tous est à double sens dans ce livre. On y raille d’une manière enjouée les juges et autres hommes de loi : il y a des leçons de charité bien entendues pour certains riches qui savent si mal donner, ou ne donnent pas du tout. Là, sont découverts et mis à nu les vices, les ridicules de la société. Enfin, l’auteur est parvenu à son but, qui est d’intéresser et de présenter l’utile et l’agréable dans une histoire fantastique.

INÈS DE LAS SIERRAS, in-8, 1837. — L’auteur a imaginé que trois jeunes officiers français se rendent à Barcelone, et, ne trouvant pas à se loger dans une auberge, située sur la route, prirent le parti d’aller passer la nuit au château de Las Sierras, que l’on supposait habité par des esprits. En se dirigeant vers ce vieux manoir abandonné, le guide qui les conduisait leur raconte l’histoire du chef de l’illustre famille de Las Sierras. Ce chef était un bandit vivant de rapines et de toutes sortes de brigandages ; un jour il enleva sa nièce Inès de Las Sierras, et l’épousa. Inès essaya de ramener son époux à la vertu ; mais au premier mot de morale, le brigand lui coupa la parole en lui plongeant un poignard dans le sein. Depuis lord Inès revient chaque nuit au château de Las Sierras. Les officiers trouvent ce conte divertissant ; ils entrent au château, s’installent bravement dans un salon délabré et se mettent à souper. À minuit, un bruit de chaînes se fait entendre ; une femme paraît, vêtue de blanc, pâle, échevelée, mais belle encore ; c’est Inès de Las Sierras ; elle se met à table, soupe avec les officiers, et disparaît. Trois ans plus tard, un des officiers se trouvant au spectacle de Barcelone, reconnaît, au lever du rideau, dans une actrice pâle et vêtue de blanc qui s’avance sur la scène, l’ombre d’Inès de Las Sierras. Il s’informe et apprend que l’actrice sort d’un noble sang espagnol, qu’à seize ans elle fut séduite par un jeune comte sicilien qui l’amena en Espagne, où il l’abandonna. Inès, privée de ressources, se fit comédienne sous le nom de Pédrina ; plus tard, devenue riche, elle retomba entre les mains de son premier amant, qui l’assassina pour lui voler son or et ses diamants. La Pédrina ne mourut pas, mais elle devint folle ; comme elle n’était pas surveillée très-rigoureusement, elle parvint à s’échapper du couvent où elle était enfermée, et vint errer précisément parmi les ruines du château de sa famille où les officiers l’avaient aperçue pour le première fois. — Telle est l’analyse succincte de ce que M. Nodier appelle une bagatelle plutôt ébauchée qu’écrite en quelques heures de loisir. Cette nouvelle est précédée d’une préface où M. Nodier passe en revue la littérature depuis l’époque la plus reculée jusqu’à nos jours.

LES QUATRE TALISMANS, suivis de la légende de sœur Béatrix, in-8, 1838. — Dans un pays d’Orient un puissant génie distribue entre quatre frères quatre précieux talismans : le premier donnait à celui qui le possédait le pouvoir de découvrir les trésors enfouis ; le second, celui de se faire aimer de toutes les femmes ; le troisième, celui de tout savoir ; le quatrième ne consistait que dans une boîte remplie des instruments de tous les arts. On prévoir déjà que les trois premiers talismans ne seront, pour leurs possesseurs, qu’une cause d’infortune, et que celui qui se croyait le moins favorisé du génie avec sa boîte d’outils sera précisément celui qui parviendra à la fortune et au bonheur. C’est effectivement ce qui arrive ; mais le plus malheureux de tous est celui qui a reçu le talisman de la beauté ; toutes les femmes l’adorent, et, lorsqu’il a tout le beau sexe à ses pieds, il est condamné à épouser la plus abominable des femmes, qui l’aime avec rage par la vertu du talisman. — C’est une histoire amusante et fort gracieusement contée que celle des Quatre Talismans.

La légende de sœur Béatrix est une des plus gracieuses nouvelles qu’aient enfantées l’imagination et la foi des vieux temps.

Nous connaissons encore de M. Charles Nodier : Les Proscrits, in-12, 1802. — Le dernier Chapitre de mon roman, in-12, 1803 (nouvelle graveleuse). — Les Tristes, ou Mélanges tirés des tablettes d’un suicide, in-8, 1806. — Stella, suivie de la lettre d’un Solitaire des Vosges, de la Filleule du Seigneur, de la Vision et de Fanchette, in-12, 1808. — Smarra, ou les Démons de la nuit, songes romantiques, in-12, 1821. — Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux, in-8, 1830. — Contes en prose et en vers, in-8, 1835. — Et plusieurs Nouvelles insérées dans la Revue de Paris et dans d’autres recueils.

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site