BODIN (Mme Camille)

BODIN (Mme Camille), née à Rouen en 1792 morte en 1851 La plupart de ses ouvrages ont été publiés sous le pseudonyme de Jenny Bastide.

 

LE DAMNÉ, 2 vol. in-12, 1824. — Léonio est une victime de l’amour ; il aime une ambitieuse beauté qui méprise ses vœux à cause de la condition obscure où le sort l’a placé. L’orgueilleuse voudrait charmer l’univers, briller dans les cours, avoir des bijoux, des équipages, et le pauvre Léonio n’a qu’un cœur à lui offrir. En vain son amant essaye de toucher ce cœur inflexible ; ses soins sont inutiles. Sa jeunesse se flétrit, sa santé s’altère, Bianca est insensible à tout. Enfin, au moment où, couché sur son lit de mort, l’infortuné Léonio est prêt à rendre le dernier soupir, un être fantastique se présente devant ses yeux presque fermés. Une voix douce et sonore frappe son oreille : « Malheureux Léonio, tu vas mourir, et tu ne te plains pas ! Tu n’as connu de la vie que ses peines et ses privations : rejeté par l’objet de ton amour, méprisé par lui, ne regrettes-tu pas la vie et ne ferais-tu rien pour la conserver encore ? — Et qu’en ferais-je sans Bianca ? je la refuserais sans son amour. — Crois-moi ; ne refuse pas mes services, répliqua la voix trompeuse. Si tu veux, tu vivras, tu seras aimé de Bianca, et vous serez tous deux riches et puissants. — Aimé de Bianca ! et à quel prix ? » Tel est à peu près la substance de la conversation qui eut lieu entre Léonio mourant et l’envoyé du malin esprit. Le marché fut bientôt conclu ; l’idée d’être aimé de Bianca rendit Léonio facile sur les conditions : on lui promit une année de bonheur, et il consentit à tout. C’est dans le livre qu’il faut lire les détails de sa métamorphose et sa transformation étrange. Sous un nouveau nom, et suivi d’un train magnifique, il sollicite et obtient la main de Bianca. La cérémonie achevée, il décide sa future à le suivre en France. Là, établis tous deux dans une délicieuse retraite située sur les bords de la Loire, ils seraient heureux si la coquetterie insatiable de Bianca ne lui faisait désirer d’aller briller sur un plus vaste théâtre : elle veut aller à la cour. Léonio cède ; on part, on arrive ; la réputation de la jeune Espagnole l’avait précédée ; on ne parle que de sa beauté ; elle cherche à plaire, elle plaît, et Léonio est oublié. Mais un mari de cette espèce est difficile à tromper ! il possède le moyen d’être présent aux entretiens les plus secrets, et l’ingrate Bianca reçoit une cruelle punition de sa coquetterie. Le mariage de Bianca n’est pas le seul événement dans lequel l’auteur fait intervenir le diable ; il y a dans l’ouvrage un grand nombre de tours de sorciers. Le plus adroit est qu’au dénouement le trompeur est trompé ; on lui escamote lestement le prix de ses peines, et, malgré toute son adresse, il est dupe d’un tour de passe-passe très-adroit.

LA BELLE-MÈRE, 3 vol. in-12, 1828. — La lecture de ce roman laisse une impression profondément pénible. Une femme seule pouvait nous révéler tout ce que la passion de l’amour, l’orgueil, l’ambition, la vengeance, produisent quelquefois de monstrueux dans le cœur d’une femme. Cette femme altière, égoïste, dissimulée, froidement cruelle, sacrifie à sa réputation, à ce qu’elle appelle son honneur, à ses intérêts de fortune et de succès dans le monde, tout ce qui lui fait obstacle et tout ce qu’elle croit utile d’immoler. Des récits d’aventures souvent compliquées, mais toujours attachantes, et dont l’intérêt a quelque chose d’entraînant, font ressortit l’épouvantable caractère et la conduite altière de la belle-mère, qui est l’héroïne de l’ouvrage. Les deux fils de son vertueux mari et les femmes qu’ils aiment sont en butte aux persécutions de ce génie du mal qui, malheureusement, n’est pas une pure fiction, mais une image trop fidèle de quelques-unes de ces femmes du monde perverses et corrompues, que chacun a été à même d’observer dans la société. — Il est à regretter que le talent incontestable dont l’auteur a fait preuve dans ce roman n’ait pas été employé à retracer des exemples de vertu, et à nous offrir, de préférence, des personnages propres à honorer et à faire aimer la nature humaine.

SCÈNES DE LA VIE ANGLAISE. Voy. ELLIS.

ÉLISE ET MARIE, in-8, 1838. — Élise est une intéressante victime d’un mariage d’argent, qui a épousé, tout enfant, un riche et brillant marquis sur le retour, gâté par des succès de ruelles, et qui a la prétention d’inspirer de l’amour à sa femme ; mais Élise se révolte aux exigences de ce Lovelace égoïste ; d’ailleurs un amour virginal occupe toutes ses pensées ; elle aime de toute son âme le jeune Emmanuel, le tendre compagnon de son enfance ; mais elle refuse de fuir avec lui, elle restera éternellement attachée à sa chaîne et ne s’écartera pas de ses devoirs. Au moment où Emmanuel lui dit un éternel adieu, le marquis le surprend, le tue, et découvre dans le jeune homme l’enfant d’une femme qu’il avait séduite autrefois ; Emmanuel, auquel il vient d’arracher la vie, était son fils ! — Marie est une autre jeune mariée qui ne demanderait pas mieux que de trouver le bonheur en ménage ; elle aime son mari, elle est mère, mais son indigne époux s’est épris des charmes d’une coquette, dans les bras de laquelle il oublie sa femme, son enfant, ses affaires ; quelquefois cependant, quand, fatigué des plaisirs et quand la coquette n’est plus là, il pense à sa femme, à sa bonne et douce Marie, qui pousse la résignation jusqu’à ne pas se plaindre de son absence ; alors il forme la résolution de s’arracher à des liens indignes, mais son courage se refuse à cet acte de vertu. Heureusement, un ami qui plaint son état lui annonce que son enfant est à toute extrémité. Le père se hâte d’accourir ; son fils n’est pas malade, mais il a compris la tromperie de son ami. Séduit par l’affection dévouée de Marie, il reconnaît le prix de ce qu’il a volontairement perdu ; les cœurs des deux époux se rapprochent dans un mutuel amour, qui ne doit plus jamais finir.

UNE PASSION EN PROVINCE, 3 vol. in-8, 1837. — Andrési, vieil avocat enrichi par des manœuvres peu honorables, désire marier sa fille Lucile, dont l’humeur aventureuse lui inspire des craintes assez vives, à un homme sans fortune, afin d’avoir sa fille et son gendre sous sa dépendance. Il a jeté les yeux sur le jeune de Leirac, commis de l’agent de change Delbar, qui repousse les avances d’Andrési, en lui disant qu’il est lié de cœur avec une femme qui mourrait s’il l’abandonnait. — Vous êtes un fat, répond Andrési. Pour convaincre l’avocat, Leirac lui raconte toute l’histoire de ses amoours avec Mme Delbar ; cette angélique femme s’est livrée à un étourdi qui ne l’aime plus, et qui la déshonore en divulguant le secret de sa faiblesse. L’avocat conseille à Leirac une rupture définitive, et il ajoute que Lucile aura cinq cent mille francs de dot. À ce prix Leirac écrit une lettre impertinente à Mme Delbar, qui, après l’avoir lue, sort de chez elle, se dirige vers la Seine où elle allait se précipiter, lorsque une main puissante la saisit ; elle se retourne, et reconnaît dans son sauveur l’abbé Maurice, le confesseur de sa tante. Les paroles du prêtre calment le désespoir de la femme abandonnée , elles dont plus ; le cœur de Mme Delbar avait besoin d’aimer : elle aima l’abbé Maurice, et cet amour fut partagé. L’abbé n’en était pas à sa première passion ; il avait aimé d’un amour heureux la femme de son frère, et c’est pour expier ce crime qu’il s’est fait prêtre. Froid, égoïste, son amour pour Mme Delbar ne tarde pas à se refroidir. L’époux de cette malheureuse femme s’étant ruiné, fut obligé de passer en Belgique pour se soustraire à ses créanciers ; l’abbé Maurice conseille vertueusement à Mme Delbar d’aller rejoindre son mari ; elle obéit, et trouve dans cet exil la misère et la mort. — Ce roman est fertile en situations attachantes. On s’intéresse surtout aux amours d’Émile et de Mme Delbar ; mais celle-ci devient beaucoup moins intéressante lorsqu’elle devient éprise de Maurice. L’amour d’une femme du monde pour un prêtre a quelque chose qui répugne à nos mœurs et qui repousse toutes les sympathies. — On doit encore à Mme Camille Bodin :

Napoléontine, in-8 de 8 p., 1821. — Souvenirs de Mme Jenny D***, publiés par Eug. Lamerlière, in-18, 1821. — La Vallée de Sarnen, in-12, 1821. — Les Confessions de ma tante, 4 vol. in-12, 1825. — La Belle-mère, 3 vol. in-12, 1828. — Le Dernier Amour, in-12, 1828. — Marius et Frédéric, 4 vol. in-12, 1830. — La Famille d’un Député, 5 vol. in-12, 1831. — La Cour d’assises, 4 vol. in-12, 1832. — Contes vrais, 2 vol. in-8, 1832-33. — Un remords, in-8, 1834. — Pascaline, 2 vol. in-8, 1835. — Savinie, 2 vol. in-8, 1835. — Nouvelles morales et religieuses, 2 vol. in-18, 1836. — Une sur mille, 4 vol. in-12, 1836. — Scènes de la vie anglaise, 2 vol. in-8, 1836. — L’Abbé Maurice, 2 vol. in-8, 1837. — Rêveries dans les Montagnes, 2 vol. in-8, 1837. — Sténia, 2 vol. in-8, 1837. — On lui attribue aussi : le Monstre, 2 vol. in-8.

 

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