ARNOULD-FRÉMY.

 

LES DEUX ANGES, 2 vol. in-8, 1833. — Deux jeunes gens, fils de paysans ruinés, sans fortune, sans état, se rendent dans une ville sans savoir que faire, et se logent dans une mansarde, où, après quelques mauvais tours, ils introduisent une prostituée qu’ils se partagent en frères, et qu’ils envoient ensuite se prostituer dans la rue à leur bénéfice. La malheureuse meurt bientôt à ce métier. Après avoir perdu leur maîtresse, George et Myrtil (c’est le nom des deux jeunes gens) se marient, troquent leurs femmes, et l’un d’eux même empoisonne la sienne pour se débarrasser de la vie de ménage. George et Myrtil sont devenus pères et ont de grandes et belles filles. Myrtil essaye de l’inceste avec la sienne, et son ami, qui n’a rien à lui, lui donne à essayer aussi sa Gergine. Enfin les deux anges devenus vieux se font mendiants, ivrognes et dévots, puis vont crever ensemble comme deux outres gonflées de vin, sous le chêne d’une guinguette abandonnée. — Toutes ces horreurs sont racontées fort joyeusement, d’un style fleuri et badin, ce qui a fait donner à l’auteur, par les compères, le titre de créateur du roman ironique.

UNE FÉE DE SALON, 2 vol. in-8, 1836. — Monsieur de Belzonne, homme très-riche, très-magnifique, habite un château près de Fontainebleau, où il reçoit la plus brillante société. Il a trois filles, dont deux sont richement mariées ; de riches prétendants, parmi lesquels se distingue le comte de Gauthier, se disputent la main de Berthe, la troisième, qui a dans le cœur une passion pour son cousin Olivier, que M. de Belzonne ne peut sentir. Olivier est secrétaire du général commandant le département de l’Isère ; honteux de cette condition subalterne, il quitte Grenoble et arrive un jour de bal chez M. de Belzonne, qui le reçoit fort mal. Berthe, se dérobant aux hommages de ses adorateurs, s’empresse d’aller rejoindre son cousin dans le parc, où il s’était réfugié après l’insultante réception de son oncle ; et pour lui donner du courage, elle lui renouvelle ses serments d’amour. Cependant Olivier reste triste ; pressé de questions par sa cousine, il lui avoue que pour faire le voyage de Grenoble à Paris, il a volé de l’argent à son général, et que le général a découvert ce vol. Son oncle le chasse de chez lui ; mais Berthe l’aime toujours, et cette jeune fille, douée d’une grande force de caractère, est décidée à résister à son père, qui veut absolument lui faire accepter pour époux le comte de Gauthier. Pour éprouver son cœur et celui de son amant, Berthe exige qu’il fasse un voyage en Italie. À son retour, Olivier rencontre à Genève le colonel Durancy, ami de M. de Belzonne, qui lui apprend que Berthe est devenue l’épouse de M. de Gauthier ; Olivier tombe évanoui ; un médecin déclare qu’il est mort, et le colonel Durancy apporte à Paris la nouvelle de ce trépas. Berthe avait cédé aux instances de son père, ruiné par son luxe, qui ne pouvait relever sa fortune que par ce mariage : Berthe s’était sacrifiée par amour filial. Mais, ni deux ans d’une douce union, ni les soins passionnés de son mari, ni la naissance d’une fille, n’avaient pu bannir du cœur de Berthe le souvenir et l’image d’Olivier. Ce fut donc un moment décisif dans sa vie, lorsqu’un jour, Olivier, qui n’était pas mort, mais seulement évanoui, lorsque Durancy le quitta, parut devant elle el lui demanda compte de ses serments. La comtesse de Gauthier n’hésita pas entre son amant et son époux ; mais incapable d’une trahison, elle alla trouver le comte, lui déclara qu’Olivier vivait, qu’elle l’aimait toujours, et qu’elle voulait quitter la maison conjugale pour aller habiter avec son cousin. Le comte ayant compris que toute résistance de sa part n’aboutirait qu’à un inutile scandale, laissa partir sa femme, après lui avoir assuré un revenu considérable qu’elle partagea avec Olivier, qui bientôt après est tué en duel, en voulant venger une injure faite à sa cousine.

LA CHASSE AUX FANTÔMES, in-8, 1838. — Malgré son titre, ce romans n’est rien moins qu’une reproduction de noires rêveries. Les fantômes sont de gais chanteurs napolitains, amoureux à la rage, jaloux les uns des autres, mais aimant avant tout leur art divin. L’intrigue est peu de chose : le chanteur Bagatini est un vaurien vagabond qui n’a pas le sou ; mais que lui importe ! il chante pour se récréer. Bientôt il est recruté par le directeur d’un petit théâtre ; il gagne ainsi quelques sequins, et puis l’ambition le prend ; il veut être le premier vocaliste de Naples, et le devient ; il veut avoir un bel habit rouge et rouler en carrosse de louage, et il parvient à jouir de tout cela ; ensuite il est recruté par le directeur du grand théâtre, se croit un seigneur, et dédaigne la belle Adelina, sa maîtresse, pour faire la cour à une comtesse. Adelina le recherche et est repoussée. Mais bientôt le sort la venge : le public s’engoue d’un autre chanteur ; Bagatini est bafoué, quitte le théâtre, se fait brigand, et se console de l’injustice du public en détroussant les oyageurs. Pendant qu’il se livre à cette lucrative et dangereuse profession, l’engouement pour son rival se dissipe, et les amateurs du vrai chant regrettent leur ténor de prédilection. Heureusement Bagatini tombe entre les mains de la justice ; on va le prendre, lorsque le roi, qui bâille depuis longtemps au grand théâtre, lui pardonne à condition de chanter, comme par le passé, la Sposa fidele. Adelina lui revient, et il demeure jusqu’à sa mort le premier vocaliste de Naples.

Nous connaissons encore de M. Arnould-Frémy : Elfride, 2 vol. in-8, 1833.

 

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