AÏSSÉ (Mlle d’)

AÏSSÉ (Mlle d’), née en Circassie en 1695, morte en France en 1733.

 

LETTRES DE MADEMOISELLE D’AÏSSÉ, avec une notice biographique par M. de Barante, et des notes explicatives par M. Auger, in-12, 1823. — Les Lettres de Mlle d’AÏssé sont de vraies lettres écrites à une amie sous le sceau de la confidence, destinées à mourir en naissant, puis trouvées et publiées dans la suite par la petite-fille de cette amie. — M. de Ferriol, ambassadeur de France à Constantinople, acheta, en 1698, d’un marchand d’esclaves, une jolie petite fille d’environ quatre ans. Elle était Circassienne et fille de prince, lui assura-t-on. Il la ramena en France, la fit très-bien élever, abusa d’elle, à ce qu’il paraît, dès qu’elle fut en âge, et mourut en lui laissant une pension de 4,000 livres. Mlle d’Aïssé vivait chez Mme de Ferriol, belle-sœur de l’ambassadeur et propre sœur de Mme de Tencin, car d’Argental et Pont de Vesle étaient fils de Ferriol. La jeune Grecque, comme on l’appelait, était l’idole de cette société. Le régent la convoite ; et, malgré l’officieuse entremise de Mme de Ferriol, il échoua contre la vertu de Mlle d’Aïssé ; car c’était d’une enfant que M. de Ferriol avait abusé, et il n’avait en rien flétri la délicatesse et la virginité de ce tendre cœur. Le chevalier d’Aydie fut l’écueil contre lequel ce cœur se brisa ; il était chevalier de Malte, agréable et bien fait, avait eu des succès à la cour, et la duchesse de Berri l’avait distingué et honoré d’un goût de princesse. Il approcha de Mlle d’Aïssé, et s’enflamma pour elle d’une passion qui désormais fut son unique objet et l’occupation du reste de sa vie. Elle en fut touchée, et dans son scrupule elle eut l’idée de fuir ; mais, ne l’ayant pu, elle céda. Le chevalier voulait se faire relever de ses vœux de chevalier de Malte et l’épouser ; elle s’y opposa avec constance, par égard pour la gloire et la considération de son amant ; elle eut de lui une fille, dont elle put accoucher secrètement. Ces événements étaient déjà accomplis lorsque Mme de Calaudrini, de Genève, vint à Paris et s’y lia avec Mlle d’Aïssé, lui donna de bons conseils, et lui fit promettre de lui écrire souvent : ce sont ces lettres précieuses que nous possédons. Nulle part la société du temps n’est mieux peinte ; nulle part une âme qui soumet l’amour à la religion n’exhale des soupirs plus épurés, des parfums plus incorruptibles. Cependant la santé de Mlle d’Aïssé s’altère, sa poitrine est en proie à une phtisie mortelle ; elle arrive avec calme à ses derniers moments. Ce qui ne touche pas moins que les sentiments de piété tendre dont elle présente l’édifiant modèle, c’est l’inconsolable douleur du chevalier d’Aydie ; il fait pitié à tout le monde, et on n’est occupé qu’à le rassurer ; il croit qu’à force de libéralités il rachètera la vie de son unique amie, et il donne à toute la maison : « il donne à l’un de quoi faire apprendre un métier à son enfant, à l’autre pour avoir des palatines et des rubans, à tout ce qui se rencontre et se présente devant lui : cela vise quasi à la folie ! » Sublime folie, en effet, puisqu’elle dura, et que l’existence entière du chevalier fut consacrée au souvenir de la défunte et à l’établissement de l’enfant qu’il avait eu d’elle !

 

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