RÉMUSAT (Jean-Pierre Abel-Rémusat), orientaliste, né à Paris le 5 septembre 1788, mort le 3 juin 1832.

 

IU KIAO-LI, ou les Deux cousines, roman chinois, traduit par M. Abel Rémusat, et précédé d’une préface où se trouve un parallèle des romans de la Chine et de ceux de l’Europe, 4 vol. in-12, 1824. — En lisant ce roman on est frappé de la parfaite analogie qu’il présente avec tous les ouvrages de même genre que l’Europe a produits ; le choix d’un sujet principal, la combinaison des événements, le développement des caractères, la conduite de l’action, les ressorts de l’intrigue, la disposition des détails, toutes les règles de l’art, enfin, y sont observées comme dans les productions de Cervantes, des le Sage, des Fielding, etc. Indépendamment de son origine et de l’art qui a présidé à sa composition, le roman des Deux cousines est une production remarquable, en ce qu’il nous fait connaître les mœurs, les usages et les habitudes de la vie privée du plus ancien et du moins communicatif des peuples civilisés. La fable en est simple ; il n’est ici question ni de vengeances atroces, ni de dévouements extraordinaires, ni de rencontres imprévues ; c’est par la peinture des caractères, par celle des nuances les plus délicates des affections du cœur, et par celle des détails, que l’ouvrage est recommandable. Le héros des Deux cousines est un jeune homme sans parents et sans biens, nommé Iee-Yeoupe, qui attend de son goût et de ses heureux débuts dans la littérature, les moyens d’obtenir un rang élevé, et la main d’une jeune fille, belle, aimable et riche (on sait qu’à la Chine les emplois et les faveurs ne sont accordés qu’au mérite). Mais le jeune Iee-Yeoupe ne réussit pas sans traverse ; il a des rivaux, des envieux, qui n’emploient, il est vrai, contre lui, ni le fer, ni le feu, ni le poison, mais la ruse, la duplicité, dont il paraît qu’on se sert assez bien en Chine. Dans ce roman, par exemple, il se trouve un certain Tchang, qui parvient fort adroitement, par un abus de confiance, à s’impatroniser dans la maison de la belle Houngin, amante de Iee-Yeoupe, qui trompe longtemps la jeune personne et son père au moyen de jolies pièces de vers qu’il fait composer à son rival lui-même, dont il est l’ami, et qu’il lui dérobe en le perdant encore de réputation. Cette intrigue est conduite avec art et fournit des situations vraiment comiques. Le principal caractère du roman est celui de Pé-Hiouan, père de l’héroïne, modèle d’un sage tel qu’on n’en voit guère sur aucun continent ; ce sage, qu’une révolution ministérielle avait chassé des hautes fonctions publiques, y a été rappelé malgré lui ; le ministre Jang lui demande la belle Houngin pour son fils, mais Jang étant dépourvu des qualités qui peuvent rendre une femme heureuse, Pé-Hiouan refuse sa proposition. Pour se venger Jang fait donner à Pé-Hiouan la mission d’aller en Tartarie près de l’empereur, qui avait été fait prisonnier dans une bataille ; la mission était difficile et dangereuse ; quoique malade et fort âgé, Pé-Hiouan n’hésite pas à l’accepter, non sans éprouver cependant une grande douleur de la nécessité où il était de laisser sa fille bien-aimée à la discrétion de son puissant ennemi ; rien n’est plus pathétique que les entretiens du vieillard avec sa fille et ses amis, lorsqu’il s’apprête à la quitter. Nous regrettons de ne pouvoir prolonger l’analyse d’un roman digne d’une sérieuse attention ; nous dirons seulement que le héros réussit à aimer en même temps les deux cousines, à s’en faire aimer également, et à épouser… toutes les deux. On trouvera, dans ce roman même et dans l’ingénieuse préface du traducteur, l’éclaircissement d’une forme de mœurs qui paraît si contraire à la délicatesse des Européens, sur l’article de l’amour et du mariage.

M. Abel Rémusat est cité comme traducteur des contes chinois publiés en 1826, 3 vol. in-18 ; mais il n’est auteur que de la courte préface qui est en tête de cette version.

 

 

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