Alexandre Piedagnel.

 

 

 

 

 

 

ORAGE !

Vous ne m’aimez plus, je le pense ;
Et j’en suis triste — par malheur ! —
Cela fait un mois de constance :
Après tout, c’est beaucoup d’honneur.

Quittons-nous donc à l’échéance,
Sans prendre le ton querelleur ;
A vous l’oubli, l’indifférence,
Moi, — je garderai la douleur !

En vérité, je n’ose guère
Rappeler l’heure — passagère !
Des serments de fidélité.

« Je t’aime ! » O la phrase frivole !
C’était une douce parole…
Redis-la moi — par charité.

 

CONSOLATION

La neige tapissait la terre
Et frangeait le toit des maisons ;
Au coin de l’âtre, solitaire,
Je regardais mes froids tisons.

Bientôt une douce parole
M’arrache à mon accablement…
« — Viens ! disait-on, car je console
» Des regrets, de l’isolement. » —

Une femme jeune et rieuse
S’accoudait à mon vieux fauteuil :
La ravissante visiteuse,
Sans bruit, avait franchi le seuil.

« Ami, dans tes jours de souffrance,
» Des ennuis je te guérirai.
» A l’heure où s’en va l’espérance,
» Vite, appelle-moi : je viendrai ! » —

» — Mais qui donc ici m’encourage,
» Quand je ne sais que devenir ? » —
» — Je suis la compagne du sage :
» A ma voix il croit rajeunir.


» Le bon sourire de ta mère,
» Tes jours d’illusion, de foi,
» Et tous ceux qui t’aimaient naguère,
» Tu les reverras, — grâce à moi !

» Les rêves de l’adolescence,
» Le parfum du premier amour,
» Avec les fêtes de l’enfance,
» Reviendront vers toi tour à tour.

» Bien loin des ronces de la vie,
» Je te conduirai par la main ;
» Nous suivrons la route fleurie,
» Car je choisirai le chemin !

» Adieu l’hiver et la vieillesse !
» Le printemps te sourit là-bas :
» Un chaud rayon déjà caresse
» Le thyrse embaumé des lilas… »

» — Quel est ton nom, bel ange rose
» Qui parles de si doux plaisirs ? »
» — Je suis, pauvre vieillard morose,
» L’ange des riants souvenirs. »

 

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