PROCLAMATION D’UN GROUPE D’ÉLECTEURS

 

ÉLECTIONS LÉGISLATIVES DU 20 AOÛT 1893

IXe arrondissement, 2e circonscription.

Comité anti-européen et anti-bureaucrate.

 

Citoyens,

Saint-Just a dit : « Vous avez renversé l’aristocratie, mais vous avez créé la bureaucratie.

Il y a cent ans de cela et aujourd’hui la bureaucratie est plus que jamais toute-puissante.

Elle a tout englobé, tout absorbé, tout envahi. C’est elle qui étouffe les génies et tue les grandes idées ; elle est la plaie européenne et l’entrave à tout progrès.

Jusqu’ici aucun des candidats qui se sont présentés n’a paru soupçonner l’existence de ce monstre formidable accroupi aux portes de la civilisation.

Cette pieuvre aux 100.000 tentacules, nul n’a osé l’attaquer.

Or, un homme s’est levé :

LE CAPTAIN CAP.

Et c’est dans le quartier Saint-Georges qu’il a voulu être le Saint-Georges de ce Dragon.

Un homme s’est levé, citoyens, et cet homme a regardé autour de lui.

Son regard a été obscurci par des nuages de Sandaraque.

Autour de lui il n’a vu que paperasses, ignorance, incurie et routine.

Plus de ronds-de-cuir, s’est-il écrié. Assez longtemps nous avons obéi aux manches de lustrine.

Les temps sont venus de renverser cette bastille de cartons verts.

Alors, sans hésiter, à notre demande, il a tout quitté, son bord et ses chères études, pour saisir la barre du paquebot de nos revendications.

— Tout le monde sur le pont, a-t-il commandé et à l’abordage de la galère bureaucratique.

Citoyens, cet homme est le vôtre.

Nous sommes sûrs de lui comme de nous-mêmes : nous avons son passé comme garantie. Astronome distingué, chimiste, baleinier, ingénieur, pêcheur de perles, trappeur, négociant et surtout vaillant marin, il a, au cours de ses incursions dans les différentes parties du globe, acquis une expérience incontestable.

Ayant gardé au cœur l’amour vivace de la terre natale, il a conçu pour les institutions vermoulues de sa patrie une haine implacable.

Au Far-West, le Captain Cap a combattu les Arapahoes. Il les a vaincus ; il a scalpé leur chef.

Il va s’attaquer maintenant à ceux que, dans son langage imagé, il appelle : les sauvages blancs, les plus dangereux de tous.

Telles sont, citoyens, les grandes lignes de notre programme.

Le Captain, comme il nous l’a dit, est de plus nettement anti-européen.

L’expression d’une idée aussi noble et aussi généreuse se passe de commentaires.

Donc, citoyens, aux urnes et pas d’abstentions.

VOTONS POUR ALBERT C…

dit le

CAPTAIN CAP.

Maurice O’Reilly, Paul Frény, Alphonse Allais, Raoul Ponchon, Georges Auriol, Léon Gandillot, Howard Symonds, Georges Courteline, Émile Goudeau, Armand Berthez, Raphael Shoomard, Jean Prairial, Narcisse Lebeau, Paul Clerget, Henri Joseph, le prince Joe Masson, Barral, Brunais, Duplay, Gatget, Lacault, A. Bert, Jules Jouy, Gérault du « Cantal », Édouard Million, J. Paulet, Darcey, Alfred-Amand Montel, Jehan Sarrazin, Félix Huguenet, Paul Robert, Berthier.

 

Une réunion électorale du Captain Cap

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