LA PRESSE ET LE CAPTAIN CAP

 

 

La candidature du Captain Cap, candidat anti-européen et anti-bureaucrate prend une excellente tournure dans le IXe arrondissement, 2e circonscription.

Un comité d’adhésion et de propagande est déjà constitué. Nous y relevons les noms sympathiques de MM. Alphonse Allais, Courteline, Gandillot, Ponchon, Émile Goudeau, Narcisse Lebeau, Paul Clerget, le prince Joë Masson, Jules Jouy, Gérault (du Cantal), Jehan Sarrazin, Félix Huguenet, Paul Robert, Berthier.

(L’Écho de Paris, 11 août 1893.)

 

L’illustre Captain Cap, dont les journaux ont tant parlé ces temps derniers, se présente à la députation en qualité de candidat anti-européen et anti-bureaucrate.

Le Captain Cap est un homme neuf, aux idées larges, ennemi déclaré de la routine et des paperasseries.

Nous faisons des vœux pour qu’il soit élu.

(Le Diable au corps, Bruxelles, le 7 août 1893.)

 

Une nouvelle candidature vient de surgir dans le IXe arrondissement de Paris qui mérite l’honneur d’une mention, car le programme du candidat sort de la banalité ordinaire.

Le nouveau candidat s’appelle M. C… ou « Captain Cap ».

Il se déclare candidat anti-bureaucrate et anti-européen. S’il développe son programme, la seconde partie surtout, dans une réunion publique, les auditeurs ne s’ennuieront pas.

(Le Petit Journal, 7 août 1893.)

 

Une foule énorme, évaluée à plusieurs centaines d’électeurs du IXe arrondissement et d’autres arrondissements aussi, se pressait hier soir dans un des salons de l’Auberge du Clou pour entendre la profession de foi du Captain Cap.

Cette réunion a été très mouvementée. Les portes ont été défoncées par quelques demoiselles dont les cartes n’avaient rien d’électoral. On a constaté avec regret que le citoyen candidat n’avait point exprimé dans son programme le désir de faire voter les femmes. La constitution du bureau notamment a soulevé de nombreuses protestations, le candidat se déclarant anti-bureaucrate.

Finalement, la candidature du citoyen Captain Cap a été acclamée à l’unanimité moins trois voix.

(L’Écho de Paris, 13 août 1893.)

 

Montmartre sera toujours Montmartre. On y acclame chaque soir, … au Cabaret du Clou, la candidature du Captain Cap, soutenue par la fine fleur des fantaisistes de la Butte, MM. Alphonse Allais, Courteline, le peintre Robert, etc.

Les questions que l’honorable Captain Cap s’engage à faire prévaloir sont les suivantes :

Surélévation de Paris à la hauteur de Montmartre ; défense d’abandonner des tunnels sans lumière sur la voie publique ; création d’un Fort-Observatoire à Montmartre, dont les lunettes serviraient de canons ; création d’un Conseil des disques pour punir les accidents de chemins de fer, etc., etc.

(Le Figaro, 16 août 1893.)

 

 

LES ÉLECTIONS
Paris — IXe arrondissement — 2e circonscription.

Les électeurs de la 2e circonscription du IXe arrondissement, réunis le 6 août à l’auberge du Clou, avenue Trudaine, après avoir entendu les citoyens O’Reilly, Berthez, Georges Albert, Paul Frény, Quinel, Brunais, etc., etc., et les franches et énergiques déclarations du Captain Cap, acclament sa candidature à l’unanimité moins 3 voix et s’engagent à la faire triompher au scrutin du 20 août.

LE CAPTAIN CAP

Nous n’avons pas la prétention de faire connaître le célèbre Captain Cap dont on sait la joyeuse campagne anti-européenne et anti-bureaucratique sous les auspices d’Allais et de Courteline.

Nous aurions voulu le joindre et savoir ce qu’il pense de ses 176 voix ; mais, semblable à tous les candidats malgré ses assurances fraternelles, il n’a pas plutôt ramassé les voix de ses électeurs qu’il les oublie et les abandonne — l’ingrat ! À l’Auberge du Clou où il tenait habituellement ses assises, on nous dit qu’on ne l’a pas vu depuis quatre jours. Son imprimeur nous dévoile le lieu habituel des repas du candidat socialiste. Là, nous apprenons que le Captain Cap est parti en Normandie pour se remettre des fatigues de sa campagne électorale…

(L’Éclair, 28 août 1893.)

 

Nous ne parlerons que pour mémoire de cette débauche d’affiches multicolores, les unes superlativement laudatives, les autres bassement diffamatoires, dont les murs de Paris ont été revêtus dans la matinée et qui constituent, pour employer le style électoral, les manœuvres de l’extrême dernière heure. C’est aux candidats fantaisistes que revient la palme dans cette lutte homérique de la modeste bande contre le grand colombier. À Montmartre, M. le Captain Cap, un humoriste, né sans doute à l’ombre des ailes du Moulin de la Galette, a inondé sa circonscription de proclamations ainsi conçues :

« Après vingt ans passés sur mer, qu’ai-je trouvé, en rentrant au pays ? Haines, hypocrisie, malversation, népotisme, nullité…

« L’origine de tous ces maux, citoyens, n’allez pas la chercher plus loin : c’est le microbe de la bureaucratie.

« Or, on ne parlemente pas avec les microbes.

« ON LES TUE ! »
(Le Matin, 21 août 1893.)

 

Candidatures fantaisistes.

Connaissez-vous the « Captain Cap ? »

Non, sans doute. Peut-être croirez-vous qu’il s’agit d’un émule ou d’un disciple du célèbre tireur Ira Paine ?

Pas davantage.

The « Captain Cap » est candidat à la députation dans la deuxième circonscription du IXe arrondissement. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil parmi les affiches multicolores qui recouvrent les façades des maisons du quartier Saint-Georges. Celles du Captain Cap sont d’un rouge ardent ou d’un bleu de lapis lazuli. Elles portent, en lettres énormes, les mots suivants :

ALBERT C…
dit
CAPTAIN CAP.

Candidat anti-bureaucrate et anti-européen.

Nous avons vainement essayé de joindre the Captain Cap. Impossible de mettre la main dessus. Nul ne sait où perche ce terrible candidat. Vient-il des régions chères à Buffalo-Bill ? Est-ce un cow-boy, un redoutable adversaire des Peaux-Rouges ?

Non ; the Captain Cap nous paraît être un aimable fumiste.

(Le Gaulois, 6 août 1893.)

 

MON CANDIDAT

 

Il est incontestable qu’en ce moment plusieurs millions de Français sont embarrassés, moi tout le premier. J’ai été assez gêné, ces jours derniers, lorsque des milliers d’affiches multicolores m’ont invité à la lecture attentive et au choix judicieux. Les mots très difficiles : mandat impératif, hydre bourgeoise, tyrannie guesdiste, dansaient devant mes yeux ; et je me trouverais encore dans la même expectative si, par bonheur, je n’avais rencontré l’affiche de mon candidat :

CAPTAIN CAP

Candidat anti-bureaucratique et anti-européen.

Oui, le voilà ! Je n’ai aucune raison pour cacher la sélection que je viens de faire, et je n’éprouve aucune crainte à livrer ce nom au public.

Je dois l’avouer, au premier abord, je me défiais un peu : candidat anti-bureaucratique et anti-européen, cela pouvait cacher des ambitions désastreuses et entraîner à des conséquences désolantes. Il est toujours désagréable de se faire naturaliser Patagon pour expliquer son vote ; mais à la suite de la réunion publique que le Captain Cap a donnée, je n’ai pas hésité un seul instant à l’acclamer frénétiquement, et si je n’ai pas été le premier à dételer sa voiture, c’est que j’ai peur des chevaux, même de fiacre.

Mon candidat, le Captain Cap, dans son assemblée électorale, a fait lui-même sa biographie.

Il a l’accent anglais, est né à Paris, mais je le soupçonne de parents marseillais. Son passé promet pour son avenir : il a fait dix ans la chasse aux veaux-marins, arrêté dix trains en marche, et Dieu sait s’ils vont vite dans le Far-West ; enfin, — enfoncé le capitaine de quinze ans de Jules Verne — lui l’était déjà à douze ans !

Ces titres suffiraient amplement pour assurer son élection ; pourtant, après avoir parlé de ce qu’il a fait, je ne puis négliger de toucher un mot relatif à ce qu’il va faire.

Questionné sur son sous-titre : anti-bureaucrate et anti-européen, le Captain Cap a affirmé qu’il ne voulait rien dire et que cette ligne était simplement placée sous son nom pour faire bien. Rien que cette phrase m’a prouvé son amour de l’ordre et de la régularité. Quant à son programme, il n’en a pas. Fidèle interprète de ses électeurs, le Captain Cap, s’il est nommé, demandera au pays ce qui lui sera demandé à lui-même. Voilà, du reste, les grandes questions qu’il s’est engagé à agiter à la Chambre :

1º Aplanissement de la butte Montmartre. Au cas où cette mesure serait trop coûteuse, il demandera la surélévation de Paris (toujours l’amour de la régularité) ;

2º Accaparement par l’État du monopole des fontaines d’eau chaude ;

3º Détaxe du blanc gras à l’usage des artistes ;

4º Percement du grand tunnel polyglotte.

Cette dernière amélioration demande une explication.

Le Captain Cap a depuis longtemps remarqué que les langues s’apprenaient difficilement aux enfants ; avec son système : un grand tunnel divisé en compartiments, cette étude sera aussi facile que d’attraper un rhume.

Dans chaque case se trouveront des écoles de différents langages. Tout citoyen conduira son fils âgé de six ans au commencement de la voûte, et, dix ans après, il ira le chercher à l’autre bout.

L’enfant, à moins d’être sourd-muet, saura parler toutes les langues.

De pareilles idées ne peuvent germer que dans la tête d’un génie, aussi suis-je enthousiasmé de mon candidat.

J’irai avec confiance aux urnes, et je déposerai solennellement son nom, persuadé de son succès certain.

Ah ! j’oubliais une dernière qualité :

Le Captain Cap a fondé, en Amérique, un ordre dont il est le grand maître.

Son élection fera sans doute grand plaisir aux employés de l’administration des Postes et des Télégraphes ; car, d’après ses affirmations, il s’empressera de faire rétablir… l’ordre des facteurs.

Charles Quinel.
(Le Charivari, 13 août 1893.)

Terminons ces extraits par la petite note dont il est question précédemment et que le regretté Francisque Sarcey n’hésita pas à consacrer à notre ami :

 

« J’ai passé une excellente soirée, samedi, dans une petite société artistico-mondaine qui s’intitule Le Gardénia, je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce que les membres de cette société affectionnent le gardénia de préférence à toute autre fleur.

« Ce sont de charmants jeunes gens, d’ailleurs fort aimables, fort bien élevés, et passionnés, par-dessus tout, pour les choses de théâtre.

« Est-ce que ça ne vaut pas mieux, entre nous, que d’aller au café s’abrutir, boire un tas de consommations qui vous font mal à l’estomac, et, finalement, dépenser beaucoup d’argent ?

« La représentation avait lieu au théâtre Bodinier. Tout a marché comme sur des roulettes.

« Le spectacle, très intelligemment composé de petits actes et d’intermèdes, a paru charmer la brillante société qui constituait le public du Gardénia. Beaucoup de jolies femmes, par parenthèse, appartenant, m’a-t-on dit, à la colonie canadienne de Paris.

« Rien d’étonnant à cela, car le président de la société n’est autre que le sympathique Paul Fabre, fils du commissaire général du Canada à Paris.

« Vous dire en détail ce qu’on a joué, dit ou chanté, je ne saurais le faire. J’ai perdu mon programme, et dame, quand je n’ai plus mon programme sous les yeux, va te faire lanlaire.

« Qu’il vous suffise de savoir qu’il s’est dépensé dans cette soirée beaucoup de bonne volonté et de talent, plus de talent qu’on n’en pourrait quelquefois trouver dans des théâtres réputés sérieux.

« Un début, surtout, m’a particulièrement intéressé, car, paraît-il, c’était un début, ce que j’eus grand’peine à croire.

« Oh ! ce n’était pas dans un bien grand rôle, allez, que j’ai remarqué mon artiste. Ce fut dans un tout petit rôle de domestique apportant une dépêche, à trois reprises différentes.

« Mais je m’aperçois que je n’ai pas encore dit le nom de mon artiste : le programme l’appelle Cap, mais ses camarades du Gardénia le désignent ordinairement sous le nom de « Captain Cap ».

« Jamais je ne saurais dire le plaisir que m’a causé le jeu à la fois sobre et élégant de ce Cap. Il y a dans cet amateur, tenez-le pour certain, l’étoffe de quelqu’un, et ce n’est pas sans une certaine impatience que je l’attends à la prochaine représentation du Gardénia.

« Francisque Sarcey. »
(Le Chat noir, 10 décembre 1892.)
 

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